Chroniques

30 décembre 2011

Que du beau monde !

Depuis le village de Crans, c’est tout droit, il suffit de descendre. Quelques stands nous proposent de quoi tenir laP1030579 distance : belons, caviar, vin chaud ou alors, un peu plus bas, chaussures, costumes et accessoires. Sur notre droite, la vitrine Hermès présente un pull pour moins de deux mille francs, ou cet adorable blouson en agneau qui pourrait être à nous pour douze mille huit cents francs. On peut même s’offrir un objet pour deux cent quatre-vingts francs : un charmant petit peigne avec son étui. Quelques dizaines de mètres plus loin, c’est le début du plateau : piste de fond, chemin piétonnier, luge, bronzage.

—     … alors je lui ai répondu qu’elle n’avait qu’à…
Un couple, petit chien en laisse, manteaux de fourrure, ne s’écarte pas d’un pouce pour nous croiser.

—     … Je lui ai demandé de placer le reste en obligations pour pourvoir contrôler si…

Un sac d’or est vautré sur un banc, sa veste en mouton retourné ouverte sur un pullover Ausoni, une écharpe Yves Saint-Laurent et un bronzage fraîchement (si l’on peut dire) importé de l’île Maurice.

Deux manteaux de fourrure, recouvrant chacun une femme d’âge mûr lui passent devant :
—     … Je refuse de lui parler, il n’a jamais eu la moindre réponse quand JE lui ai proposé de venir, maintenant qu’il aurait besoin de la maison, il revient pour nous implorer, eh bien je le dis comme je le pense : c’est terminé !

—     Tu as bien raison, moi non plus je ne serais pas entrée en matière. Avec Robert ça a été pareil : je lui ai dit non, tu ne me parles plus, je ne te réponds pas…

P1030559Sur la gauche, alanguie sur une chaise-longue, paupière mi-closes, une jeune-fille à l’air boudeur et à la tenue dernier cri prépare consciencieusement son cancer de la peau. Trois collégiennes de bonne famille gloussent derrière moi et passent de l’anglais au français en se racontant leur dernier flirt.

—     Tu vois, explique un vieux beau à son alter ego, si je ne m’étais pas retiré à temps, je perdais tout…
Il ne parle pas de sa dernière maîtresse, mais de son pognon auquel il a fini par s’assimiler tout entier.
—     … eh bien, en réagissant à temps, ça m’a coûté à peine deux ou trois millions…

Un photographe, couché dans la neige, pointe le canon de son Canon droit sur le nez d’un gamin qui ne lui a rien fait.
—     Gouli gouli, regarde ici.
Le petit préfèrerait continuer à se luger. Le prix, pour récupérer sa luge, serait un sourire. Le gosse se met à protester en se cachant les yeux derrière ses gants. Sa mère essaie de le distraire, son père s’énerve.

Un peu plus loin, un jeune Italien lance des boules de neige devant un gros chien noir qui se précipite dans leP1030567 champ blancet jette des regards hébétés face au mystère de leurs disparitions. Une lady paraît outrée de voir cette bête noire couper la route à ses deux lévriers pure souche qui, tels deux trophées, semblent témoigner de la valeur de leur maîtresse. D’autres bêtes à fourrure marchent sur deux pieds et monologuent entre elles. Elles avancent posémentet, contrairement aux chiens, ne s’écartent pas lorsque leur chemin croise celui de vis-à-vis.

Le soleil, imperturbablement, darde ses rayons sur les lévriers, les caniches, les chihuahuas et les chiens bâtards, chacun pouvant prétendre être son favori.

 

 

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26 décembre 2011

Rituels : le séjour

Le montant des inscriptions à la partie de poker du vendredi et aux tournois de backgammon du week-end était si2011 modeste qu’en sortant dans les prix, on se rembourserait à peine les nuits d’hôtel. Mais le plaisir de jouer avec des passionnés était bien là. Eux aussi, dès ce vendredi soir étaient à la Waadländerstube. Toujours les mêmes : les trois Daniel, Nils de Saint-Gall, Marcel, Claus, de Freiburg en Allemagne, Silvio, Antonio de Turin, Olivier et Roland. Reto n’était pas encore arrivé et il n’y avait pas de femme, Denise étant restée à Zurich ; même le samedi elle ne vînt pas, un mystère. Depuis qu’elle a un chien et un ami, elle est  en train de changer ses habitudes. Dans l’arrière-salle du bistrot, la moquette grisâtre rugueuse était encore un peu plus élimée. Ça sentait la fumée et la friture comme si l’on n’avait pas aéré depuis l’année dernière. Je ressentais les mêmes désagréments, je retrouvais mes marques. Au moins cinq personnes étaient en train de fumer quand Antonio me demanda gentiment si ça me dérangeait qu’il allume une cigarette.

De retour à l’hôtel, je pris un morceau de chocolat. L’année prochaine, c’est décidé, j’achèterai celui aux noisettes. Je me suis endormi à trois heures, après confirmation, une heure durant, qu’il n’y avait rien de passionnant à la télévision. Je me suis levé à dix heures, juste dans les temps pour le petit déjeuner. Depuis cette année, il était servi dans la salle du bas, mais ce changement restait minime.

2011En fin de matinée, j’ai retrouvé les boutiques de Thoune comme je les avais quittées il y a un an. Il fait juste un peu plus doux. Le picotement du froid mordant des autres années me manquait un peu. Le tournoi avait lieu fin novembre, une semaine plus tôt que d’habitude. Les décorations de Noël n’étaient pas encore toutes en place et les magasins resteraient fermés dimanche : je me sentais un peu spolié. J’étais trop tôt pour les soldes. J’achetai, comme chaque fois, un ou deux cadeaux et deux cols roulés.

A deux heures, le tournoi de backgammon allait commencer. L’organisateur, Daniel Scheidiger, avait abandonné sa beedi et venait de terminer le tirage au sort. Quelques-uns ont rigolé du bon tour que le sort a joué à René qui devrait m’affronter. Il maniait précautionneusement les pièces puis s’enquit de mon opinion pour savoir si, malgré la défaite, il n’avait pas commis de trop grosses erreurs. Ici, je bénéficie du confort d’être respecté comme joueur. Je suis souvent le seul Romand et tout le monde est aimable. Je me suis qualifié pour la demi-finale. En début de soirée, les röstis à la zurichoise n’avaient d’égal que ceux que j’avais savourés ici même l’année dernière. Comme d’habitude, Michaël, une espèce d’homme-machine jouant tous les coups au même rythme, sans marquer aucune émotion, m’éjecta du tournoi après le souper. Je me couchai plus tôt que la veille.

P1020015Le dimanche matin, le traditionnel brunch avait lieu dans la salle du restaurant de l’hôtel Emmental. La tresse maison brillait à côté des confitures variées, des œufs brouillés, des röstis, des fromages, du lard et des saucisses. Le café fumait, le bircher était parfait, le pain croustillant, et il y avait même une poubelle de table.

En fin d’après-midi, le directeur du tournoi félicita les premiers vainqueurs qui posèrent fièrement avec leur trophée, l’assistance le remercia pour son organisation sans faille, tous se promirent de revenir l’année prochaine et on se rua sur le traditionnel apéritif du patron : vin blanc, jus d’orange, eau minérale, mini rouleaux de printemps, poulet frit, canapés, cornes du diable aux piments rouges, tacos et cacahouètes.

Je perdis suffisamment vite mes matches pour espérer attraper le train de vingt heures. Par acquis de2011 conscience, je me suis enquis du chemin le plus court pour la gare. Il n’avait pas non plus changé : juste en face, il fallait toujours traverser les deux ponts au-dessus de l’Aar puis continuer tout droit jusqu’à la gare. J’ai quitté suffisamment tôt la Waadländerstube pour avoir le temps de revenir y récupérer précipitamment le sac oublié, au même endroit que d’habitude, sous la quatrième patère au fond du vestiaire. J’ai hâte d’être à l’année prochaine : tout recommencera. 

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22 décembre 2011

Rituels : l'arrivée

P1010991Mon traditionnel pèlerinage annuel à Thoune a eu lieu, cette année, une semaine plus tôt que d’habitude.

J’avais prévu d’attraper le train de quinze heures quarante-cinq, je suis donc arrivé pile à l’heure pour celui de seize heures vingt. A cette heure, les trains sont tellement bondés que je me suis offert un billet de première. Avec cappuccino et livre, j’étais installé, de Lausanne à Berne, comme dans un salon. Malheureusement, après une heure, c’était déjà le moment de changer de train. L’intercity pour Thoune était plein comme un œuf. J’ai fait l’aller-retour parmi les banquettes, toutes occupées, des deuxièmes classes pour découvrir après vingt minutes que l’accès aux wagons des premières était condamné. Je me suis tassé entre deux voyageurs, craignant de manquer ma destination. On est arrivé avec moins de dix minutes de retard. Je me suis intégré au flot des voyageurs qui descendaient. J’observe un rituel désormais bien établi : passage au kiosque où je m’achète habituellement une plaque de chocolat Ritter noir aux noisettes entières, que je prévois pour les petites faims des rentrées tardives à l’hôtel. Entorse à la règle, je me suis rabattu, cette année, sur une plaque aux amandes grillées. Je me suis souvenu, trop tard, que j’avais déjà une fois commis cette erreur : les amandes ne sont pas à la hauteur des noisettes.

Deuxième rituel : les marrons chauds. Un petit pincement d’appréhension au ventre, j’ai contourné la gare à la recherche du stand. Ouf ! Il était là, exactement au même endroit que l’année passée ou celle d’avant. De plus, c’était le même vendeur qui plaçait les marrons grillés dans les mêmes pochettes en papier journal d’une contenance de cent, cent cinquante, deux cents ou trois cents grammes. Comme d’habitude, j’en ai acheté cent grammes, histoire de ne pas me couper l’appétit avant le souper au restaurant italien Primavera, où la sauce à salade le dispute à la dextérité du pizzaïolo.

Etape suivante : l’hôtel Emmental, en traversant le centre Manor en face de la gare. Les mêmes bijoux, montres et cartes de vœux étaient exposés aux mêmes endroits que dans mon souvenir, tout allait bien. Je suis ressorti et, comme d’habitude, j’ai terminé les derniers marrons chauds, particulièrement réussis cette année, juste après le deuxième petit pont, en passant devant la boutique Nespresso. Georges Clooney m’a fait son clin d’œil traditionnel. Je le lui ai rendu en lui souhaitant également la bonne année.

A l’hôtel, il y a toujours un élément qui ne correspond pas à la réservation. Cette année, on ne m’avait pas attribué laThun 017 chambre double en attique promise par téléphone, mais une petite mansarde juste en haut de l’escalier. Par bonheur, elle ne sentait pas la fumée comme celle de l’année dernière. Elle venait d’être remise à neuf et la fenêtre, qui donne sur le balcon, où les voisins peuvent déambuler, n’avait pas de volets. En coinçant une nappe contre le chambranle, ça remplacerait un rideau et apporterait un peu d’intimité à mon sommeil.

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29 octobre 2011

Voyage d'étude en Croatie III

Monténégro

2011Ce jeudi 13 octobre, le car nous attend à neuf heures pour une excursion d’une journée aux bouches du Kotor. On ne sait pas trop à quoi s’attendre, excepté que nous avons besoin des passeports pour nous rendre au Monténégro, que nous allons passer, en même temps que la frontière, des kunas aux euros et que le site est classé au patrimoine Unesco de l’humanité.

Le passage de la frontière s’avère plus délicat que prévu. Tous les passeports sont recueillis. Il semble qu’il aurait été sage d’aviser déjà la veille les douaniers de notre venue, comme pour une réservation dans un restaurant. Au vu de la file nous précédant, les autres groupes ont également oublié de signaler à l’avance leur arrivée. Le car est immobilisé pendant plus d’une heure. Après ces petites tracasseries du côté croate, sans doute une séquelle de la guerre récente, les douaniers monténégrins sont moins tatillons, et l’on accède enfin à ce petit pays de six cents mille habitants.

Le paysage est sauvage et montagneux. Nous traversons des forêts de cyprès que nous avons rarement l’occasion2011 de voir de si près (j’ai pas pu m’empêcher). On contourne un bras de mer qui évoque plus le lac de Côme ou le lac de Garde que l’océan Adriatique. Les falaises dévalent sur une mer d’huile parsemée de quelques îlots, au centre desquels est parfois érigé une église ou un manoir. Vers treize heures, on parvient à une petite ville tout à fait prometteuse, étonnante et inattendue : Kotor.

Dans le port, un énorme navire, véritable building de dix étages, côtoie un bâtiment militaire respectable, mais paraissant anémique à ses côtés. Les élèves ont faim. L’endroit semble mériter des heures de visite. Le chauffeur nous donne rendez-vous trois quarts d’heures plus tard pour aller manger dans une gargote de plage à Budva. Une discussion s’ensuit : le chauffeur est-il à notre disposition ou sommes-nous à son service ? Le compromis trouvé est de déjeuner sur place, en prolongeant l'escale d’un quart d’heure, qui finalement deviendra une demi-heure.

2011A l’arrière du port, des murailles délimitent un quartier de vieilles maisons, d’églises et de petites places accueillantes, reliées par des venelles. Les remparts, dominés par les dômes dorés de basiliques orthodoxes, renferment des joyaux architecturaux.

Visite éclair que je prends le temps de savourer dans le car, en parcourant les photos de mon appareil numérique : « Tiens, j’ai vu ça ? »

La brièveté de l’arrêt à Kotor nous laisse trois heures pour parcourir Budva, ville relativement quelconque du littoral adriatique. Si comme dans la chanson, le chauffeur a une fille dans chaque port, celle de kotor s’était sans doute fait excuser pour ce jour-là.

Dernières cartouches

On retrouve avec plaisir notre logement à Split. Un dernier repas avec nos élèves est prévu ce soir, avec tirage au2011 sort des places : trois tables de six. Le trajet Dubrovnik-Split se passe à calculer le nombre d’arrangements possibles. Les élèves arrivent à une fourchette comprise entre une dizaine et deux millions de possibilités. Après un débat animé, un affinement du calcul nous conduit au résultat de 19’488.

Petite motivation supplémentaire, mon collègue et moi paieront la bouteille à nos tables réciproques. On choisit de jouer le tout au billard, dans une salle des environs de l’hôtel. Quelques élèves assistent à nos premières escarmouches.
—      Vous jouez une bière ?
—      Oui, et la partie.
—      Le vin ?
—      Oui, et le souper.
—      Tout le souper ?
—      Oui.
Pour le coup les élèves prennent la mesure de la tension ambiante et ne risquent plus une parole. Mon collègue Christian mène à tous les sets... et je termine miraculeusement vainqueur.

2011Le soir, dix-huit cartes : six piques, six cœurs et six carreaux déterminent laquelle des 19’488 possibilités sera adoptée. Pas de chance pour les douze élèves qui paieront leur bouteille, mais Christian et moi, avec chacun un pique en main, nous retrouvons par l’effet du hasard à la même table (pas de jeu).

Le lendemain, dernier jour. Petit déjeuner dans notre café fétiche : jus d’orange, œufs, jambon, café, croissants, baguettes. Au moment de payer, six tickets de caisse sont sur la table. Entraînés par l’élan de la veille, on tire au sort les trois tickets que chacun acquittera. Par un ô combien injuste retour de manivelle ! Christian se retrouve avec des tickets insignifiants, et j’écope des trois plus gros montants.

Vers seize heures, départ pour l’aéroport. Décollage à dix-huit heures trente. Dernière surprise du voyage, l’avion d’easyJet se pose à l’heure prévue à Cointrin.

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21 octobre 2011

Voyage d'étude en Croatie II

 Dubrovnik

P1030236Quelques accès mènent au sommet des remparts entourant la vieille ville Dubrovnik, véritable musée à ciel ouvert. Le matin, chacun à son rythme parcourt le chemin de ronde. Le regard plonge sur les toits, les petites cours, ou même le terrain de basket d’une école. Des bistrots jalonnent un parcours d’environ une heure trente. Un coup d’œil sur les prix nous confirme le bien-fondé d’avoir suggéré aux élèves de se munir de leur propre bouteille. En été, le soleil est impitoyable ; en ce 12 octobre, son effet reste supportable. Les appareils numériques crépitent, on s’en met plein la rétine.

Un car nous attend à treize heures trente. Une escapade est prévue sur la petite plage de Konavle, à une vingtaine de kilomètres. Eau turquoise, sentier accédant à une petite criqueP1030261 blottie dans les rochers, chaises-longues à disposition. On n’est pas dérangé par le bruissement du vent dans les pins ou le roulis des vagues : seuls se font entendre les boum boum de la musique crachée par les haut-parleurs de la cabane de plage. Une fille tombe à l’eau sans avoir pris
le temps de se changer. Les autres ont tout prévu : serviette, affaires de bain et même un ballon pour une partie de water-polo. Les quelques touristes somnolant sur leur transat n’ont plus à redouter une après-midi trop monotone.

P1030189Une route dominant la mer relie la vieille ville fortifiée à l’auberge de jeunesse. Des falaises tombent à pic dans l’Adriatique, une centaine de mètres en contrebas. En temps normal, le trajet se ferait à pied en une vingtaine de minutes. A mi-parcours, plus attirant que n’importe quel panorama, se situe un bar branché dont les canapés sculptés dans des baignoires sont autant de chants de sirènes auxquelles aucun gymnasien ne résiste. De vingt minutes, le trajet passe à plusieurs heures, noyées dans les effluves des Margarita, Sex on the Beach, caïpirinha et autres cocktails, qui seront garants d’un sommeil hermétique à l’agitation inhérente aux couloirs des auberges de jeunesse. Tels des moutons dans un enclos, tout le monde se trouve ainsi réuni chaque soir au même endroit. Notre sens du devoir et notre attirance pour les découvertesP1030211 nous soufflent (dans un ballon) d’accompagner les élèves. Le prix des consommations et notre présence évitent quelques excès que nous devinions toujours possibles. Le barman, séduit par quelques sourires féminins, offre des boissons à une table. Des élèves invitent les maîtres, ces derniers leur rendent la pareille, et tout le monde rentre joyeux à l’auberge, assez tôt pour dormir quelques heures avant le rendez-vous du lendemain, devenu aujourd’hui. 


 

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20 octobre 2011

Voyage d'étude en Croatie I

L’arrivée

P1030095Arrivés à Split vers dix-neuf heures, nous sommes trente-cinq à traîner nos valises dans la cour du « Golly & Bossy », une  sorte d’auberge de jeunesse relookée flushy tendance jeune. La terrasse est accueillante et venteuse. A l’intérieur, des spots et des ampoules suspendues à un long fil blanc éclairent un comptoir triangulaire noir qui se détache sur un mur jaune. Quelques tables et chaises de plastique gris ou noir forment un mobilier fonctionnel autour de la salle commune. Les passeports des gymnasiens de dix-huit ans dont nous avons la charge sont photocopiés par la réceptionniste, on n’est jamais trop prudent, et rejoignent sur son bureau les copies des nôtres.

Cette opération effectuée, les dortoirs de six à huit personnes sont peu à peu attribués. Celui qui nous est destiné est le matricule 1806. Son numéro est repérable à même le sol. Je compose le code d’entrée, pousse la porte et débouche sur un couloir jaune pétant conduisant à la chambre. C’est ce que je croyais, mais diantre ! ce boyau jaune, C’EST la chambre. Les lits sont encastrés de part et d’autre dans des alvéoles. Deux placards sur la gauche contiennent l’un, la douche, l’autre, les toilettes. Un troisième renferme un lavabo. On se croirait dans un de ces guest-houses tokyoïtes où les hôtes dorment dans des espèces de tiroirs muraux. Tout est propre et les matelas sont agréables. Ce local hyperfonctionnel s’avérera plus confortable que la première impression ne le laisse supposer.2011

Pour la sortie « en famille » par classe du premier soir, Antigona, future mannequin-chanteuse-hôtesse de la 3C… s’est mise sur son trente-et-un. Elle n’hésite pas à dispenser en notre honneur un aperçu de ses talents d’interprète. On parle de son monde : boutiques, musique et stars.
—     C’est plus pour des gens comme vous, fais-je remarquer.
—     Oui, plutôt que pour euh… des…
—     Des vieux comme moi !
—     Euh, non, se reprend-elle un peu gênée, pour des… personnes âgées.

En soirée, je parvenais malgré tout, même sans canne, à conduire les élèves au restaurant du coin.

La vieille ville

Après la visite du musée du sculpteur Mestrovic et la balade du dimanche sur le Mont Marjan, le lundi est consacré à la découverte du palais de l’empereur romain Dioclétien. La visite est commentée par une jeune guide passionnée, qui nous renseigne sur tous les détails dont on ne s’est jamais soucié à propos des catacombes, du mausolée ou de l’architecture de P1030088la tour ouest, érigée au troisième siècle de notre ère.

A Split, chaque époque a eu son culte, le culte des Césars, le culte chrétien et, aujourd’hui, le culte du commerce : un plan détaillé de l’ensemble des échoppes bordant les galeries du palais nous est proposé, free copy comportant une carte pédestre avec la liste des magasins, rues et points historiques du palais de Dioclétien. Avec une densité pareille de boutiques, le programme des élèves, en tous cas celui des filles, est déterminé, et non négociable, pour le reste de l’après-midi.P1030135

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19 septembre 2011

Arrivée

2011Samedi matin, nous quittons Bardolino, sur les rives du lac de Garde, vers dix heures, histoire de devancer les Allemands et les Suisses partis du Nord avant l’aube. Avec une petite pause pour déjeuner, nous serons tranquillement arrivés à Vrsar, en Croatie, vers quinze heures.
Il y a déjà pas mal de voitures sur l’autoroute, mais rien à côté de ce à quoi peuvent s’attendre nos amis, partis ce matin de Morat. Au fil du trajet, on se rend compte que toute l’Europe a, comme nous, eu l’idée de faire une pause à mi-chemin pour arriver vers seize heures en Croatie. Après une heure de trajet, on roule en accordéon à vingt à l’heure sur l’autoroute et après trois heures, on avait roulé trois quarts d’heures. Les gens sont fous de tous partir en même temps que nous ! Par trente-cinq degrés, les moteurs tournent à l’arrêt pour laisser fonctionner la climatisation. Certains se penchent à la portière des voitures pour tenter, sans espoir, d’apercevoir la fin de la queue au-delà des camions immobiles. Des passagers sont sortis pour se dégourdir les jambes. Si la situation se débloque, nous les auront rattrapés dans quelques kilomètres.
Devant nous, une bonne femme, dédaignée par les producteurs d’Hollywood, en profite pour faire quelques mouvements pseudo-langoureux sur l’asphalte, au milieu des voitures. On comprend les producteurs et on avance de quelques mètres.
On espérait arriver pour pouvoir se baigner, puis assez tôt pour souper, puis au moins à temps pour pouvoir prendre possession des clés. On a loué deux bungalows dans un complexe Reka à Vrsar. Heureusement que tout a été réservé et confirmé à l’avance. C’est ce que l’on se dit avant de parvenir à destination.
A l’entrée du village, des panneaux mentionnent les noms de différents hôtels, mais aucun ne ressemble à Pétalon,2011 l’agence garante de nos réservations. On longe un camping. Pétalon ? Non, personne ne connaît. Après huit heures de route s’achevant par quelques méandres et demi-tours, on finit par découvrir la réception. J’attends avec Leah dans la voiture. Olivia va chercher les papiers. Vingt minutes se sont écoulées quand elle revient, les mains vides et le visage hermétique. Elle nous relate l’accueil :
- Ah, c’est vous Didisheim. Je vais chercher la responsable.
Une dame arrive.
- Avec les bungalows, il y a un problème. Mais on vous a réservé des appartements plus chers.
On fait demi-tour et l’on repart à la recherche de l’hôtel Belvédère, où l’on nous remettra les clés pour nos résidences « de luxe avec vue sur la mer, accès à la piscine et proximité avec le village ». J’arrête la voiture devant la place réservée au bus en face de la réception. Olivia ne bouge pas.
- Tu ne sors pas ?
- Mais non ! C’est pas là.
- Ah bon, c’est où ?
- Mais derrière ! tu vois pas ?
Je ne distingue rien d’autre, mais j’obéis. Je refais le tour de la place et j'aboutis au même endroit.
- C’est où ?2011
- Mais là !
Je stoppe un mètre avant la place que nous venons de quitter.
- Là ?
- Ben oui.
Olivia est déjà dehors. Elle réapparaît quelques minutes plus tard, en possession d’un jeu de clés électroniques. On déniche, tout en haut du complexe, l’entrée des appartements 524 et 525. En se dressant sur la pointe des pieds, on peut effectivement entrevoir, à condition de se pencher, une minuscule ouverture sur la mer. Mais le logement vient d’être rénové, il est spacieux, confortable et très bien situé. Assez rapidement, nous avons été en mesure d’approfondir le problème et sa solution. En fait, nous avions prévu une réservation en classe économique et, pour le même prix, nous nous sommes vus attribuer une résidence de première classe.

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29 août 2011

Portrait de rue

A Bardolino, tous les soirs, un dessinateur ambulant croque le portrait de quiconque a réussi à trouver la place2011 libre. Son assistante, à côté, à moins que ce ne soit sa compagne ou une amie, est aussi portraitiste. Son trait est sûr, sa technique éprouvée, mais, dans ses réalisations, on ne retrouve pas l’âme du modèle, comme dans les œuvres du « maître ». Les touristes l’ont constaté, c’est pourquoi les places sont si difficiles à obtenir.
Ce soir, le maître sirote un apéritif à la terrasse d’un café de la place. Nous nous risquons à l’interpeller. Il ne parle qu’italien, et encore, en avalant ses mots. Il est d’accord de s’atteler au portrait de Leah, après avoir terminé son verre bien sûr. Appuyé sur une canne à pommeau argenté, tirant sur une cigarette, le petit personnage évoque un de ces artistes du début du siècle passé.
- Vous ressemblez à Toulouse Lautrec.2011
- Lui, il était plus petit, réplique-t-il.
L’apéro enfin terminé, il se dirige vers son chevalet. Il donne une brève instruction à Leah.
- Voilà Leah, air naturel.
Leah s’assied, sourit.
- Non, naturel !
Leah, étonnée, jette un regard dans notre direction.2011
- Mais, c’est naturel de sourire.
Tant bien que mal, Olivia traduit. L’artiste résume sa pensée :
- Non, non ! Sourire Kodak !
Le sourire s’efface. Le peintre tend le bras devant lui :
- Regarder menu, en face. Apprendre par cœur menu.
Leah se fige. Toulouse Lautrec observe, tire sur son cigare, discute, puis il se souvient de Leah. Il trace quelques traits.
- Pas sourire !
2011Leah se force à garder son sérieux. De longues minutes s’écoulent. L’étude s’ébauche. Un petit attroupement s’est formé. Le peintre discute avec son assistante, l’envoie acheter des cigarettes, expulse quelques bouffées dans le nez de Leah qui détourne légèrement la tête.
- Regarder menu !
Toulouse Lautrec esquisse quelques traits en l’air, fixe Leah, touche le papier, regarde la feuille d’un air satisfait.
- Ah ! Ah ! Leah.
Leah n’a pas le droit de regarder. Elle conserve un air sérieux. Ses lunettes glissent de quelques centimètres.2011 Le visage de Toulouse Lautrec n’exprime plus le contentement.
- Lunettes ! Pas bouger !
Leah hésite entre lever le bras pour replacer les lunettes ou demeurer immobile pour obéir à la deuxième injonction. Elle reçoit une bouffée de fumée dans le visage, qu’elle interprète comme l’ordre de remettre ses lunettes en place. Le dessin se poursuit.
Des gens, qui étaient allés manger, sont revenus. Ils apprécient les progrès du dessin, la patience du modèle.
2011Toulouse Lautrec s’est arrêté. Il est parti chercher l’inspiration et d’autres cigarettes. Il revient finalement, vitupère contre les ombres qui se sont déplacées, contre les lunettes qui glissent, contre sa copine qui ne prospecte pas. De peur de briser l’inspiration de l’artiste, on se tient coi. Il s’y remet, corrige un contour, aborde le bas du visage puis décrète une pause de cinq minutes.
Leah se lève timidement, se demande si elle peut aller aux toilettes. Non, Toulouse Lautrec  pense avoir retrouvé l’inspiration au bout d’une minute.
- Assis Leah ! regarder menu.
Le bas du visage a pris forme, Toulouse Lautrec semble content de lui.2011
- Ah ! Ah ! Leah !
Leah garde un air sérieux. Olivia se rend au restaurant, en face, pour retarder notre réservation. Pourrons-nous encore dîner ? Oui, jusqu’à dix heures semble-t-il. Nous prions pour y parvenir à temps. Le dessin progresse. Toulouse Lautrec recule, darde un regard méchant sur le soleil qui se couche sans attendre la fin du portrait, se tourne vers Leah :
- Lunettes bougées.
2011Leah les réajuste et continue de fixer un point devant elle. On pressent la fin. Encore quelques traits. Une remarque à un quidam distrait dont l’ombre dérange, et Toulouse Lautrec caresse sa barbiche, incline la tête, s’éloigne, revient et enfin, apporte la dernière touche avant de parapher l’œuvre qu’il détache alors du trépied avec componction. Regards admiratifs des passants, exténué de Leah, agacés et ravis des parents. Lorsque, le précieux rouleau sous le bras, nous nous dirigeons vers le restaurant promis, la victime suivante, un jeune garçon, est déjà installée sur la chaise, face à Toulouse Lautrec.

 

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15 août 2011

Parc d'attractions

Le plus grand parc d’attractions d’Italie ne se trouve qu’à dix minutes de voitures de l’hôtel San Marco, où2011 nous passons trois jours au bord du lac de Garde. Le lendemain de notre arrivée, nous roulons vers une aventure, comme la décrivent les prospectus, unique, extrême et magique. Notre journée loin des soucis quotidiens commence dans quelques embouteillages et se poursuit à la recherche d’une place de parc dans l’un des parkings longeant le site. On se voit attribuer une place à l’opposé de l’entrée du complexe Gardaland. A onze heures, la chaleur est bien présente, mais la traversée du parking nous prend à peine un quart d’heure, en dix minutes, on trouve l’entrée et, cent mètres plus loin, on accède aux vingt-cinq guichets où, par bonheur, les queues sont plus limitées que celles d’un dimanche. On choisit celle qui paraît la plus courte ; mais une famille allemande s’arrange pour la rendre la plus longue. En une demi-heure on obtient nos sésames et l’on peut se rendre à l’attraction de notre choix.

Au-dessus de nos têtes circule un monorail dont on renonce à trouver l’entrée. Un train fait le tour du parc, 2011mais il semble également ne pas y avoir de gare pour y embarquer : on verra ça  plus tard. On se rabat sur la Magic house, sorte d’arbre géant orange pour schtroumpfs où je pense à tort que rien de violent ne mettra à l’épreuve mon équilibre. La file d’attente prend plus de temps que l’activité. Après une quarantaine de minutes, on franchit le seuil. De petits animaux en peluche font semblant de faire peur. En compagnie de septante personnes, on pénètre dans une cabine qui ressemble à un ascenseur. Les portes s’ouvrent sur une pièce évoquant un manoir hanté. Des étagères se renversent toutes seules, sans dommage : les éléments sont vissés. Plus loin, on se retrouve assis sur une tribune dominant une salle des chevaliers.

- Levez les bras, nous demande une surveillante.
Une barre de métal s’abat à l’endroit où se situaient nos bras et l’on se retrouve sanglé à son fauteuil qui, horreur, se met à tanguer. Avant, arrière, avant, arrière : je me suis fourré sur une espèce de balançoire géante qui est en train de m’entraîner jusqu’au plafond. On redescend, on remonte. Je ferme les yeux, je m’accroche à la barre, je transpire. Les lumières s’éteignent, en tout cas c’est ce qu’il me semble. Le mouvement de balancier s’accentue. Il paraît qu’on a fait un tour complet. Je ne sais pas, je suis prêt à croire ce que l’on m’affirme. Cela finit par s’arrêter.
O
n se dirige vers la sortie. Je m’attends à me trouver au troisième étage mais l’on quitte l’arbre-maison  au même niveau que celui de la première salle. Je ne cherche pas à comprendre, je sors respirer le bon air moite du dehors. Dans deux heures je ne sentirai presque plus cette nausée entre mon estomac et mon cœur, avec la tête qui tourne.

On déniche l’entrée du monorail, mais l’attente nous dissuade d’essayer. On finit aussi par tomber sur la gare du petit train. On a la chance de pouvoir entrer dans les derniers wagons libres, mais la malchance d’attendre le départ au soleil. Après une dizaine de minutes, le convoi s’ébranle. On fait le tour du parc en ne déplorant qu’un chose : les haies et barrières qui nous bouchent la vue. Mais dans les tunnels, on ne pense plus aux haies. De retour à notre point de départ, on ressort à travers le magasin de la gare, sans acheter des minis trains ni un autre gadget, pas même une petite locomotive en plastique à cinq euros. 2011

Si l’on se dépêche, on pourra voir le spectacle des pirates juste avant le film 4D pour arriver, à quinze heures trente, au spectacle des dauphins. On se dirige vers le coin le plus chaud du parc : la colline du village pirate. Hamburgers ou kebabs ? Ou sandwich ? La terrasse d’un restaurant situé devant nous donne sur le pont du vaisseau corsaire. On s’y installe pour assister au spectacle en profitant d’être assis en mangeant. Une sauce brune camoufle le goût d’un poulet sec et de patates tièdes. On ne se préoccupe pas trop du contenu de l’assiette, car une musique tonitruante sortant de baffles justes derrière notre dos nous vrille les oreilles. Pendant une vingtaine de minutes, la musique annonce le prochain spectacle des pirates. Soudain, c’est le moment : un groupe d’Italiens déguisés en pirates surgit de derrière les cuisines et va faire une petite ronde sur le pont. Impossible de se parler, le bruit couvre tout. Deux pas en avant, trois pas en arrière, une danse du ventre des filles, un saut périlleux des mecs. Sept minutes chrono et tout est terminé. Les oreilles bourdonnantes, on se hâte pour ne pas arriver trop tard à la queue de l’entrée du cinéma 4D.

2011Une dernière petite queue pour payer le spectacle, non compris, des dauphins, une petite attente pour entrer dans l’arène, un petit délai autour du bassin et hop ! voilà les dauphins qui cabriolent dans la piscine. Quatre ou cinq mètres au-dessus de l’eau, ils frappent des nageoires, lancent un ballon avec leur queue, sautent par-dessus une des présentatrices. Impressionnant ! Et agréable : pas de retournement la tête en bas, pas de vertige, pas de musique et une vue dégagée. Vingt-huit minutes de spectacle avant la traversée du parking en direction du Sea Life Aquarium, ses requins, ses méduses et ses hippocampes avant le retour pour la piscine sans méduses de l’hôtel San Marco.

 

2011

 

 

Posté par padi à 18:47 - Voyages - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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05 août 2011

La solitude du joueur de poker

En général, quand j’arrive à une table de poker et que je dis « Bonjour », les gens me regardent avec des yeux surpris, sans rien répondre. Après quelques heures de jeu, je me lève, prends mes jetons et leur souhaite « Bonne chance » avant de m’éloigner dans un silence indifférent.Las Vegas 070

Parfois, l’un d’eux s’adresse à moi pour relater un bad beat ou un épisode de sa vie. Dans le hall du Bellagio, un monsieur donne l’impression de s’ennuyer dans le fauteuil voisin du mien. Il prend conscience de ma présence et, dès qu’il apprend que je joue au poker, se met à parler des championnats du monde qui ont lieu au Rio. Il ne se soucie pas de savoir si j’y ai participé ou si mon frère est toujours en lice. Il me relate en détail comment ses deux dames n’ont pas tenu face aux trois valets de son adversaire aux championnats du monde… il y a dix ans. C’est énigmatique d’essayer de concevoir en vertu de quel phénomène il se figure que son histoire puisse un tant soit peu intéresser un inconnu. Il se lance dans un résumé de sa biographie.

       Quand je vivais à Amsterdam, je dirigeais un cercle de jeu. J’avais l’habitude de reverser dix pour cent de leurs pertes aux joueurs. Ils ne repartaient jamais broke, comme ça, ils revenaient !
Je pense qu’il se débrouillait pour récupérer plus que dix pour cent.
       Vous n’avez jamais eu d’ennuis avec la police ?
       Parfois il y avait une descente. On fermait et on rouvrait juste après au même endroit.
Manifestement, le tenancier du cercle de jeu clandestin ne devait pas être le seul à y trouver son compte. Il a également vécu au Mississipi et au Texas. Maintenant il est retraité. Comme je me retire, je n’apprendrai pas où lui-même s’est retiré.

Las Vegas 131A l’aéroport McCaran, le 16 juillet, un petit gars couvert d’un canotier, vêtu d’un T-shirt psychédélique, les yeux dissimulés derrière des lunettes à la Woody Allen, nous aborde dans la queue de la British Airways. Avec son accent chantant de Narbonne, il nous raconte sa découverte des WSOP (World series of poker), dont l’inscription a été réglée grâce à une qualification gagnée sur Internet. Il est tout ébloui d’avoir côtoyé des grands noms du poker, d’avoir joué à la table de Phil Hellmuth. Dans le civil, il est facteur. C’est la première fois qu’il vient aux Etats-Unis. Il se balade avec une sacoche en bandoulière.
On le retrouve au Burger King où l’on patiente avec un bon de neuf dollars octroyé par British Airways comme compensation pour un retard de deux heures. Il nous livre quelques-unes de ses impressions : « C’est difficile de se faire comprendre quand on ne parle pas l’anglais. » ou bien « C’est drôle, quand on entend parler les Japonais, ça fait "Gnagni gnagna gnigni yanyii… " et ça veut dire quelque chose. » Il y a encore une question qui le travaille : « Dites-donc, je comprends pas quelque chose : à l’agence, ils nous ont dit qu’on allait récupérer les neuf heures de décalage au retour. »

On s’est encore gardé mutuellement les sacs, on lui a souhaité bon voyage puis, samedi soir à vingt-trois heures, on a embarqué dans l’avion. A vingt-deux heures dimanche, on est arrivé à Genève, avec un changement à Londres après un voyage de quatorze heures.

McCaran LV
 

Posté par padi à 13:09 - Jeu Las Vegas - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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