Chroniques

Rencontres, chroniques décousues, univers du jeu, pensées, philosophie, poker, backgammon, hasard, la vie...

17 mai 2009

Le retour

   20090406_Las_Vegas_banlieueTrès vite arrive le dernier matin où, traînant nos valises sous les regards de quelques attardés regagnant leur chambre, l’on traverse les halls presque déserts du Bellagio. Les fatidiques dernières heures à Las Vegas ont sonnés. On a mangé notre pain blanc, les dix-huit heures de voyage, le décalage horaire, le changement d’avion à Newark nous attendent. Depuis hier soir l’hôtel est payé. À peine entamé, notre séjour se termine aujourd’hui. On se fraie un passage à côté des cordons jaunes délimitant les zones où des employés passent l’aspirateur. Dans le froid petit matin blême un taxi charge nos bagages. 20060418_Las_Vegas_vol_d_part

   En l’absence de circulation, moins de quinze minutes suffisent pour parvenir à l’aéroport Mc Carran.... et apprendre que notre avion aura au mieux deux heures de retard. Avec une heure trente de battement pour attraper la correspondance à New York, ça ne se présente pas idéalement. Pas d’autre solution que de patienter en buvant un mauvais café accompagné d’un vieux croissant mou sous les néons d’un couloir qu’il aurait été difficile de rendre volontairement plus moche.

   Notre avion finit par décoller. Nous atterrissons à Newark avec les deux heures de retard accumulées au départ. Il est dix-huit heures quinze. On a encore une chance d’attraper notre correspondance pour Genève : presque tous les avions, particulièrement aujourd’hui avec la mauvaise météo, ont pas mal de retard. En lisant à Newark les panneaux d’informations, on se rend compte qu’il y a un seul avion qui a décollé à l’heure : le New York – Genève. On se rend au service « clients » de la Continental Airline. On rejoint une queue figée d’une quarantaine de personnes, immobiles entre des rubans rouges. De temps en temps on avance d’un demi pas quand l’un des quatre préposés appelle le client suivant. Une heure plus tard, notre tour a fini par arriver. On se retrouve devant une demoiselle souriante, cheveux noirs, ensemble bleu des employés du desk, affairée derrière son ordinateur. Elle discute avec l’un de ses collègues, rigole, envoie des sms qu’elle lui fait lire, il se marre. Ils ont l’air en pleine conversation de bistrot, même pas dérangés par notre présence. Après quelques minutes elle lève les yeux vers nous.

-         Que se passe-t-il ?

Pendant qu’on tente de lui exposer la situation, elle continue d’envoyer des sms, fait des clins d’œil à son voisin et ne se soucie absolument pas de notre histoire. Comme elle a le pouvoir de nous trouver un vol ou de nous laisser en rade, on garde nos impressions pour nous. Elle finit par tourner la tête dans notre direction. On lui répète que l’avion pour Genève est déjà parti.

-         Ah oui ? Pas de chance, susurre-elle l’air absent, comme si ce constat allait mettre un terme à l’entretien.

-         Quand y a-t-il un autre vol ?

Elle tapote un peu son clavier, nous adresse un sourire satisfait.
      
-         Pas ce soir, pour la Suisse.

      -       On avait entendu qu’un vol pour Zurich était agendé.

Elle envoie encore un ou deux sms, plaisante avec son voisin, ajoute un peu de mascara sur ses paupières puis consulte son écran et nous sourit.

-         Ah oui, il y a un vol.

      -         Vous pouvez nous avoir des places ?

Elle secoue la tête d’un air enchanté.

-         Malheureusement c’est complet.

-         Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Grand sourire.

-         Rien.

-         Vous pouvez trouver un vol pour demain ?

-         Je peux vous mettre en liste d’attente... par Rome.

-         Dans quel hôtel pourrions-nous rester cette nuit ?

-         Il faut vous renseigner.

-         C’est ce qu’on est en train de faire. Continental prévoit quel hôtel pour les passagers qui n’ont pas pu attraper leur correspondance ?

Elle prend un chewing-gum, en offre un en gloussant à son voisin, puis constate qu’on est toujours là. Elle ne propose rien.

-         Quel montant Continental alloue-t-elle pour un hôtel ?

Grand sourire.

-         Oh, ce n’est pas dans la politique de la compagnie.

On se regarde avec mon frère Serge. Cette dame a vraiment trouvé le métier de rêve pour quelqu’un qui adore assister aux déboires des gens sans aucune perspective de pouvoir les résoudre.

-         Il n’y a pas d’autre vol ce soir ?

-         Il y a un vol pour Paris prévu à 21 heures trente.

-         Il y aurait des places ?

-         Je peux vous mettre en liste d’attente.

-         Et il y a des chances qu’une place se libère ?

Grand sourire.

-         Nooon.

On décide de tenter quand même le coup. On avale rapidement un hamburger au McDonald’s et, munis des deux tickets « Stand bye », l’on se rend une heure trente à l’avance à la porte d’embarquement. « Non il n’y a pas de place, il n’y en aura probablement pas, c’est déjà surbooké, mais on peut attendre et repasser plus tard. » On s’installe sur les seuls sièges disponibles, contre un mur sous une arrivée d’air, à gauche du comptoir d’embarquement. On attend trois quarts d’heure pour entendre cette annonce en anglais puis en français :

-         Le vol sera retardé d’une heure pour des problèmes techniques.

Je retourne au comptoir. Toujours impossible d’avoir des places. Je m’adresse à un grand employé Noir, celui qui a fait les annonces au micro.

-         Vous parlez vraiment bien français, c’est rare ici.

Il est tout content et me répond à peu près :

-         Oueh, vrayement ? Merchi, je souis de Haïti.

Il se tourne ensuite vers son collègue derrière l’ordinateur.

-         Trouve voir deux places pour Monsieur.

Deux trois instructions sur le clavier et l’autre lui tend deux superbes tickets qui viennent de sortir tout frais de l’imprimante.

-         Voilà Monsieur.

Plus qu’à espérer que l’avion pour Paris n’ait pas trop de retard, après minuit les décollages sont interdits au-dessus de New York. Une annonce du steward haïtien nous rassure à moitié sur la suite de notre voyage.

-         Mesdames et Messieurs, les techniciens sont en train de vider l’avion. Dès qu’ils l’auront remis d’aplomb, vous pourrez entrer dans l’avion.

Vingt-trois heures sont dépassées.

-         Dis papa, ils enlèvent l’avion !

C’est une petite fille qui s’est exprimée. Sur la piste, un tracteur est en train de débarrasser l’Airbus.

A vingt-trois heures trente l’embarquement peut commencer dans un nouvel avion. Juste avant minuit, on décolle de New York. Je ne suis installé ni à côté de la vieille femme qui crachait ses poumons et reniflait à côté de moi en attendant le départ, ni à côté d’un type repéré de loin, aussi énorme qu’un hippopotame adulte mais en moins attachant. Serge non plus. Aucun d’entre nous n’a perdu notre pari d’être assez malchanceux pour avoir l’une de ces deux personnes comme voisin. On a perdu par contre un autre pari : celui de retrouver nos bagages à Cointrin après le transfert Paris-Genève. On les a récupérés le lendemain à domicile.

Départ de l’hôtel à six heures trente, arrivée à Lausanne le lendemain à dix-huit heures trente. Durée du voyage  porte à porte : vingt-sept heures. C’est toujours dur de rentrer de Las Vegas.

Posté par padi à 21:24 - Jeu Las Vegas - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Commentaires

He oui, Vegas, ça se mérite!!!

Quel plaisir (...) de me retrouver à Newark à travers ton blog! la dame souriante me manque! as tu de ses nouvelles?

Posté par Serge, 18 mai 2009 à 12:56

Souvenirs

Je vois que tu suis fidèlement... tes aventures jusqu'au bout, ça fait plaisir. Souvenirs, souvenirs...

Posté par Padi, 18 mai 2009 à 21:46

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=405532&pid=13765563

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :