Applaudissements. Un type se lève, ramasse sa veste et, le visage défait, traîne les pieds jusqu’à une sortie à des années lumière à l’autre extrémité de la salle.
   L’incident est clos, on l’oublie. Une dizaine de minutes s’écoulent.
   - Seat open.
   Un autre zombi serre la main de son bourreau et vient s’affaler sur une chaise. Poker_bulle_1mod
   - T’as fait quoi ?
   Immense soupir.
   - Paire de valets contre as sept.
   - T’avais beaucoup ?
   - J’étais short mais je r’venais bien.
   Le type, ébouriffé, sa chemise froissée, l’œil terne, se prend la tête dans les mains et reste prostré, dans son monde, pendant plusieurs minutes.
    - Seat open on three.
   La victime suivante quitte la scène et se dirige comme un robot directement vers le parking.
   Le mouvement s’accélère : applaudissements, « seat open ». Le cortège des désespérés quitte peu à peu l’arène.
   Un râle d’agonie et un long jeune homme, mal rasé après deux jours d’espoir brutalement anéantis, s’extirpe de son siège.
   Il aura fallu une heure de plus. Il s’accrochait à la vie le bougre. Assommé par les vivas de l’assistance ravie d’avoir enfin achevé le dernier prétendant, un pauvre hère sort dans un anonymat total.  Les épaules voûtées, il se fraie avec peine un passage au milieu de la foule qui se congratule. Tous les autres seront dans l’argent, le vainqueur du tournoi de poker est parmi eux. La « bulle » vient de sauter.

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