2010_07_08_Las_Vegas_009

Un Italien montre 74o. Il vient de toucher une suite miraculeuse sur la river. « Nice hand » lâche ironiquement son adversaire en montrant rageusement deux as servis.

- J’aime pas les as, ils perdent tout le temps, confie l’Italien en empilant les jetons qu’il vient d’engranger.

Un jeune à lunettes, bonnet sur la tête, barbe en collier, vient d’être informé que ses vacances sont annulées, que son patron l’a éjecté sans indemnité et que celui qu’il considérait comme son seul ami (pourrait-il en avoir un autre ?) s’est tiré à l’instant avec ses économies. C’est ce que j’avais pensé au premier abord. En apprenant à le connaître à la table, on s’est aperçu que c’est sa tête normale de tous les jours. Premier indice : il met plus de 5 minutes pour caller 4 dollars sur le flop. La dealeuse, une femme asiatique au tempérament énergique, finit par faire venir le floorman. Discussion, échanges des versions de l’histoire, le jeune a toujours son air passif-agressif, la dealeuse s’énerve, le reste des joueurs de la table assistent passivement à l’altercation. Finalement, le jeune renfrogné gagne le pot qu’il empoche lentement d’un air arrogant. Tour suivant il est petite blinde. « Vos blindes » et la dealeuse distribue les cartes.

- Eh ! Vous ne m’avez pas donné de cartes.

- Oh ! Monsieur, vous n’aviez pas posé votre blinde, j’ai pensé que vous ne vouliez pas jouer.

Il fulmine. On l’ignore. La partie se joue rapidement entre les neuf autres joueurs.

Quelques tours plus tard, l’individu gagne un pot. Il prend un des jetons, fait mine de le lancer à la croupière et... le remet sur ses piles de jetons avec un petit rictus satisfait. Tout arrive au poker : jamais je n’aurais imaginé que nous serions capables de lui arracher un sourire.