Une dame, hyper bronzée, casquette à damiers, petit top rouge trop étroit pour elle, nombril à l’air, maillot deVegas lune bain, débarque à ma table de poker au Wynn. Elle avise la serveuse :

       Une Margarita s’il vous plaît.
Elle est tout de suite très familière avec le dealer :

       J’adore la Margarita. Avec du sel, c’est agréable quand il fait chaud. Vous aussi ?

       Oui, oui, c’est très bon, acquiesce le dealer, formé à ne jamais contredire une cliente.

       Vraiment ! Moi, c’est toujours la boisson que je commande.
Toutes les vingt minute, elle en réclame une qu’elle boit quasiment d’une traite.
       Vous aimez aussi ? Moi vraiment j’adore la Margarita ! Yes I call (Oui je suis).

Las Vegas 096Les jetons arrivent vers elles et repartent en plus grande quantité. A la table, un touriste âgé  a décidé qu’il voulait éviter de risquer trop à la fois. Toutes les dix minutes, il se recave du buy in minimum de quarante dollars qu’il dilapide et remplace immédiatement.

       Please, one Margarita.
       C’est à vous, l’interrompt le croupier.
La femme à moitié dénudée balance de plus en plus joyeusement ses jetons dans le pot.
       Oh, thank you ! C’est tellement bon.
Elle boit d’un trait son verre, rigole et nous prend à témoin :
       C’est, hic, c’est bon hein ! Oh, c’est à moi de jouer, hi hi !

 Le vieux fait la moue et rachète pour quarante dollars de jetons. Les coursiers ont juste le temps d’arriver qu’il les a déjà perdus. Ce sont d’incessants allers-retours entre la table et les caisses.

Le dealer arrête sa distribution au niveau du touriste qui n’a plus de jetons.

       Vous êtes dedans ?

       Oui, oui, pour quarante dollars.

       Stuff s’il vous plaît, des jetons à la table huit.
Un employé est déjà là. C’est juste s’il n’apporte pas la commande avant qu’elle ne soit passée, mais onLas Vegas 093 n’officialise pas des pertes avant qu’elles ne se soient produites, ça ne se fait pas. Depuis une dizaine de fois, la somme est restée identique. A deux, ils arrivent à peine à suivre le rythme effréné.
 

       Une Margarita, s’il vous plaît.
Grâce aux boissons gratuites, c’est l’une des rares joueuses qui fait une bonne affaire malgré ses pertes.

       Mmh, c’est bon. Hic ! Ah oui, c’est à moi. Voilà.
Elle retourne malencontreusement une de ses cartes. Elle fait tomber des jetons.
       Encore une. Ah oui, oups ! ça fait du bien.

       Pour quarante dollars, bien monsieur.

Sans trop de surprises, la partie se poursuit au même rythme. Je vais manger une petite chose. A mon retour, ils ne sont plus là.