Dans la grande salle vitrée face au lac, il y a si peu de monde que l’on a peur de déranger en faisant trop de bruit en foulant la moquette. Les gens ont un air malade. Leur pâleur et leurs traits tirés sont sans doute le résultat des années passées autour des tables de jeu.

2012

Depuis quelques mois, on assiste à la guerre des présidents, deux personnes se légitimant comme organisateurs du championnat suisse de backgammon. Celui de l’association suisse aura lieu à Zurich, alors que je participe, à Montreux, au championnat de la fédération suisse.

Sur la Riviera lémanique, qui accueille des millionnaires venus de partout, tout se passe plus tranquillement qu’ailleurs. Chez Zurcher, la fameuse pâtisserie de la rue principale, les clients, vieux golfeurs et jolies étudiantes des écoles privées, sont alanguis face aux passants, dans des chaises en rotin. En coulisses, personnel de cuisine, nettoyeurs et serveurs veillent au confort de tous ceux qui gratifient Montreux de leur présence. Avec son crâne un peu chauve, ses bajoues et des bras tombant qui semblent presque l’encombrer, l’homme qui s’enquiert de ma commande a plus l’air d’un boxeur raté que du serveur qu’il est devenu. Sa cravate en damiers roses et son gilet gris et noir semblent droit sortis d’un film muet des années trente. Ses gestes saccadés accentuent l’impression. En me dévisageant de biais, il lève le menton pour s’enquérir de ma commande.
—      Un expresso s’il-vous-plaît.
—      M’ouais.
Le faciès toujours hermétique, il revient quelques minutes plus tard déposer mon café.

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L’hôtel où j’ai réservé une chambre n’a de Splendid plus que le nom. Les recettes ne sont plus à la hauteur des coûts d’entretien. Le Français qui transpire derrière le comptoir de la réception au premier étage, me fournit un code à utiliser si je rentre après minuit. Des tables de bois (en attente d’être déménagées ?) sont posées sur les tapis un peu élimés du couloir qui mène à ma chambre, derrière l’ascenseur. Le store coince et, dans la petite salle de bain, un verre à bière remplace le verre à dents, le tuyau de douche est emmêlé et le pommeau me tombe sur les pieds quand j’essaie de le redresser.

Le lendemain matin, le ronron de l’armoire frigorifique emplit tout l’espace de la salle du petit déjeuner. Un couple est allé se réfugier dans la salle voisine pour tenter d’échapper au bruit. Chacun a droit, posés à l’avance sur son assiette, à deux petits pains et un croissant. Un surveillant, ou serveur, indien nous assiste. Il me demande dans un français approximatif si je désire du coffee ou  du tea. Sur le comptoir du buffet, les carafes sont ébréchées et un reste de jus mouille le fond du bocal de salade de fruits désespérément  vide. Un bagagiste, l’air mauvais d’être mobilisé un dimanche matin,  traverse la salle en faisant grincer son chariot. Le beurre est congelé mais le café est chaud. Une dame tente vainement de trouver le serveur pour en obtenir une deuxième tasse.

Le petit déjeuner avalé, il est temps d’aller participer à la finale. Le vainqueur du match, aura-t-il droit au titre de champion suisse ? Cela reste flou. Mon adversaire, Denis Etienne, et moi nous serrons la main plusieurs fois, le temps de prendre quelques photos. Le match dure à peine plus longtemps que le serrage de main. Le vainqueur, champion suisse ( ?), bravo à lui, c’est euh… oups, je n’ai juste plus la place d’écrire son nom.