Depuis quelques semaines, une frénésie grandissante s’est emparée de la région. Encore légère en novembre, la tension était devenue de plus en plus palpable. La crainte de se retrouver, le moment venu, à court d’un élément désormais essentiel enflait de jour en jour. Dès décembre, les gens s’étaient précipités dans les magasins. Des ménagères, au bord de la panique, écumaient les stocks des grandes surfaces. En ce temps des fêtes, il ne s’agissait pas de la peur de manquer de champagne, de caviar ou de foie gras : comme chaque année, les rayons d’alimentation débordaient, les commerces proposaient tous les produits imaginables. Non ! Le vent de panique qui soufflait sur le pays de Vaud venait d’une décision administrative : dès le premier janvier 2013, les sacs poubelle traditionnels ne seraient plus acceptés. Chaque ménage ne pourra plus déposer devant son porche que les sacs blancs estampillés, justifiant le paiement de la taxe poubelle. Au jour de l’an que deviendront les gens qui en manqueraient ? Mieux vaut ne pas y penser et faire des réserves. Dès le début du mois de décembre, de nombreux magasins se sont retrouvés en rupture de stock. Des vols ont été commis. A certains endroits, on ne proposait plus ces précieux sacs qu’aux caisses de sortie, sous le regard de caissières vigilantes.

Dès le premier janvier, des fonctionnaires vérifieront la conformité des contenus. Gare à celui qui jettera un bocal en verre au lieu de le recycler, ou à celle qui glissera des épluchures d’oranges parmi les ordures plutôt que de les avoir compostées. Des affiches ont annoncé cette révolution, les journaux ont commenté ces nouvelles dispositions, des tous-ménages ont été distribués dans les boîtes aux lettres, et ne devront en aucun cas se retrouver ailleurs que dans le containers dédiés au papier recyclé.

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On arrive au terme de l’année. Ceux qui sont parés peuvent regarder de haut les laissés-pour-compte, les sans-le-sac qui seront montrés du doigt comme les premiers mauvais citoyens de l’année. Depuis des semaines, on a mis tous les atouts de son côté pour être paré le jour J. Au pays de la prévoyance et des assurances, après avoir survécu à la fin du monde du 21 décembre, chaque individu, des vallées les plus reculées jusqu’aux agglomérations lémaniques, aura trouvé le moyen de se préparer au bouleversement occasionné par cette révolution, la première en Suisse depuis celle de 1848.