Aéroport McCarran. L’énergique chauffeur de taxi en shorts charge nos valises d’un geste décidé et s’installe au volant.

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-      Bellagio, please.

Il démarre la voiture et la conversation rituelle.

-      Where are you from ?

On lui explique.

-      Oh, Switzerland ! Bonjour, Guten Tag.

Il continue de conduire et de parler. Je participe pour la forme :

-      Et vous, d’où venez-vous ?

-      Je suis de l’Etat communiste de Californie.

-      Ah bon, communiste ! Pourquoi ?

-      Ils croient qu’on peut obtenir l’égalité entre les gens et toutes ces conneries ! Ils prennent l’argent à ceux qui travaillent pour le donner à ceux qui sont incapables de faire de l’argent.

Il peste dans la circulation du périphérique.

-      Depuis deux ans, il y a des travaux à l’angle du Caesars Palace. C’est infernal de rouler.

Bon, peut-être, tant pis. On n’est pas venu depuis deux ans.

Les kilomètres s’accumulent sur le compteur du tarif. Finalement, il nous dépose avec nos valises à l’entrée Nord, la plus éloignée du comptoir principal. Le compteur affiche trente dollars, près du double du tarif habituel.

On paie, on traîne nos valises à l’autre extrémité de l’hôtel.

Le lendemain, pas trace de travaux au carrefour du Caesars. Ils ont sans doute été terminés durant la nuit. Effectivement, le chauffeur n’avait nullement besoin de l’Etat pour lui montrer comment faire de l’argent.

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Nous occupons la chambre numéro 27095 de cette auberge de dix mille lits. Comme il manque les deux paires de sandale estampillées Bellagio dans notre chambre, la préposée aux chaussures des clients nous en dépose quatre paires le lendemain pour compenser. La spécialisation est poussée à outrance. La dame chargée du nettoyage des couloirs ne fait pas les chambres. Au café Bellagio, une réceptionniste s’enquiert du nombre de convives, une placeuse nous conduit à la table, un préposé aux carafes d’eau remplit nos verres, une dame s’occupe des autres boissons et son collègue prend les commandes de nourritures. Personne n’est au courant du domaine du voisin. Comme dans les mines, chacun se consacre exclusivement à son propre secteur. Mis à part le serveur tout sourire qui attend le pourboire (- Comment allez-vous aujourd’hui ? - Bon choix - avec une mimique de connivence-. - N’hésitez pas à m’appeler si vous avez des questions), les employés poussent la tronche des travailleurs de fond chargés de ramener le charbon en surface. De nos jours, ils peuvent au moins respirer le même air que ceux à qui leur cargaison alimentaire est destinée.