De tous les bruits qui nous agressent, le vrombissement émis par un dormeur est parmi les moins 2016supportables. Une amie par ailleurs d’une tolérance sans faille m’en parlait à son retour de vacances.
      « De l’entendre ronfler comme un bienheureux, j’en avais des envies de meurtre. Tu essaies de l’ignorer, mais c’est mission impossible ! C’est pire que trois hélicoptères dans la chambre au-dessus de ta tête. Tu comptes les moutons, tu essaies de ne pas y penser, tu crois y arriver, et là-dessus, au moment où tu allais t’assoupir : rrrooooonnnn, roooonnnnn, ça recommence. Ou plutôt, ça n’avait jamais arrêté. Ça me rendait folle, des envies de meurtre je te dis. »
      Rien que le souvenir suffisait à lui donner des vapeurs et un débit saccadé. Elle avala une goulée d’air et continua :
      « Déjà à la maison, c’est pénible, mais là, dans un bungalow de vacances où l’on était venus pour se reposer, ça dépassait l’entendement. J’avais beau me tourner dans tous les sens, me boucher les oreilles, les rugissements revenaient avec la régularité d’un métronome. Au bout d’une heure ou deux, de le voir comme un innocent dormir à poings fermés, je supportais plus. J’ai décidé de sortir.
      Tant pis, je passerais la nuit sur la plage. J’ai pris une couverture et mon oreiller, j’ai refermé la porte du bungalow. Eh bien dehors, porte fermée, le bruit était encore pire qu’à l’intérieur ! RRROOOOOMM, RRROOOOOMM. J’ai trouvé ça bizarre. Je suis retournée dedans, le bruit diminuait, je suis ressortie, le bruit augmentait. Tout à coup, j’ai réalisé : le son ne provenait pas du tout de l’intérieur, mais du mouvement de ressac des vagues.
      Je suis rentrée me coucher. Mon manège ne l’avait même pas réveillé. Je le regardai dormir comme un bébé, et bercée par la mélodie des vagues qui ronronnaient au loin, je ne me suis jamais si bien reposée que durant ce séjour. »