Sourire écarlate sur des dents blanches, la réceptionniste attirait le regard dès l’entrée, le panneau Admissions au-dessus de sa tête

Hôpital salle d'attente

était superflu.

-    Bonjouuuuuur, me dit-elle d’un ton suave.

Flatté, je déclinai mon identité. Elle parcourut le registre d’un ongle long et vermeil, leva la tête avec son sourire enjôleur accroché qui devait lui servir pour la journée entière.

-    Vous pouvez attendre dans les fauteuils noirs, on viendra vous chercher.

Les canapés devant la réception étaient recouverts d’un tissus vert bouteille, mais plus loin, il y avait des fauteuils de cuir noir où je m’installai, pendant qu’elle répondait au téléphone et se faisait les ongles.

J’étais seul en ce lundi matin. Les infirmières et les membres du personnel administratif qui parcouraient le couloir me saluaient gentiment. Après une trentaine de minutes, j’avais terminé de lire 24 Heures. Je retournai vers la réceptionniste.

-    Bonjouuuuuuuuur, me dit-elle en papillonnant des yeux.

Manifestement, elle ne me remettait pas.

-    Je vous ai déjà dit bonjour tout à l’heure.

-    Ah, c’est pour la prise de sang ?

-    J’attends depuis une demi-heure dans les fauteuils. Je voulais voir si c’est bien en ordre.

-    Ah bon, c’est pourquoi ?

-    Je vais voir avec votre collègue.

La collègue raccrocha. Je lui expliquai. Elle me dit de m’adresser directement au bureau d’accueil à côté des fauteuils noirs.

 Je dis à la dame vissée derrière un grand bureau que j’étais là depuis trente minutes.

-    Ah bon. Désolée, je ne vous avais pas vu.

Je ne savais pas bien comment elle aurait pu me voir à travers le mur du local, mais déjà elle poursuivait :

-    Elles auraient dû m’avertir. Attendez dans les fauteuils noirs, on va venir vous chercher.

Elle vint jeter un coup d’œil après une dizaine de minutes.

-    Vous êtes toujours là, décidément !

Elle répéta plusieurs fois qu’elle était désolée puis réintégra son bureau. J’imaginai les médecins et les infirmières quand j’arriverais à la salle d’opérations :

-    T’as déjà fait l’anesthésie ?

-    Pique-le pour voir si c’est bon.

-    C’est pour l’ablation du pancréas ?

-    Mais non, Ducon, lui, c’est pour une hernie.

-    Ah bon ! Ils auraient pu nous avertir.

-    Vérifie dans le dossier.

-    Il est où ce putain de dossier ?

-    Merde, je crois que je l’ai laissé vers la machine à café. Mademoiselle, vous pouvez aller vérifier ?