Arriva à ce moment-là une aimable infirmière qui me dit avoir été mise au courant cinq minutes auparavant. Elle me demanda si j’allais bien. Je lui dis que oui, et que j’espérais que ce serait toujours le cas quand je ressortirais. Elle me conduisit dans une chambre du quatrième étage qui, comme elle me l’expliqua en chemin, se trouvait dans une annexe du premier étage car il n’y avait que trois étages dans ce bâtiment, et ils avaient continué les numéros comme s’ils avaient ajouté un étage, précisa-t-elle, c’est pour cela que ma chambre avait le numéro 415, il fallait juste le savoir.

Hôpital consentement éclairé

     Un homme en blouse blanche avec la boule à zéro entra dans ma chambre du quatrième qui se trouvait au premier. Je l’entendis se présenter comme le docteur Jekyll, votre anesthésiste. Je fus soulagé de lire sur son badge qu’il s’agissait en réalité du docteur Jelk.

     Dans ces moments-là, un patient a l’impression qu’il peut choisir sa mort : soit renoncer à se faire opérer, soit décéder des complications post-opératoires qui ne manqueront pas de se présenter. D’ailleurs on me tend un papier sur lequel elles sont listées dans un ordre qui me paraît aléatoire, car je ne décèle pas véritablement de gradation parmi tous les périls s’étalant sous mes yeux. Cela va des hémorragies internes aux paralysies, en passant par des pertes de contrôle occasionnelles ou définitives. Des arrêts cardiaques ne sont pas à exclure, des infections généralisées mais pas toujours fatales peuvent se produire sous certaines conditions, des pertes temporaires ou définitives, mais c’est rare, d’un peu tout ce qui est nécessaire à un être humain pour se repérer, se diriger, ou agir dans la vie sont également à envisager, on ne sait jamais. « Les risques sont pratiquement nuls, c’est juste une précaution juridique » me précise le docteur Jelk qui, un stylo à la main, attendait patiemment depuis près d’une minute.

-    Signez là, me dit-il en me tendant le stylo.

     Le document de quatre pages s’intitulait « Consentement éclairé ». Comme je m’en serais voulu de gaspiller davantage de temps du docteur Jelk pour ces broutilles, je signai là et lui tendis le papier. Il me résuma les opérations.

-    On vous amène en salle d’op, je vous endors, ça se fait tout doucement, vous vous réveillez en salle de réveil, entre deux c’est leur job.

     Ça m’allait très bien.

-    À toute à l’heure, me dit-il, souriant en quittant la chambre.

     Mon infirmière était en train de me demander si je buvais du thé ou du café. J’imaginais qu’elle voulait s’enquérir de ce que j’avais consommé avant l’opération. Pas du tout, elle se préoccupait déjà de mes désirs pour l’après-midi et le lendemain matin, la vie continuait.