2017

    11.7 Hakone 

    Au pied du volcan Tozan, Hakone demeurera une petite station de villégiature tant que les fumerolles ne déborderont pas l’aire de jeu qui leur a été attribuée par les promoteurs touristiques. Il y a deux ans, le site avait été évacué. En ce moment, le dragon somnole sous terre et se contente du cracher sa fumée par bouffées. Deux millions de touristes jouissent chaque année du spectacle en empruntant la télécabine. Mais à trop vouloir jouer avec la bête remuante, on pourrait la réveiller. Des jets de vapeur verdâtres s’élèvent d’un sol pierreux et dénudé. La chaleur du volcan alimente les sources thermales.

2017

   A l’arrivée au ryokan, on nous présenta les bains. Il y a la porte recouverte d’un drap bleu, pour les hommes, et celle recouverte d’un drap rouge pour les femmes. On y descend en yukata et l’on s’y baigne totalement nu. Une jeune demoiselle nous expliquea dans un anglais approximatif que chaque jour à dix heures, on permute les bains hommes et femmes jusqu’à dix heures le soir.

-    Alors, à partir de dix heures, les hommes vont dans les bains rouges ? demandai-je.
     Les Japonais évitent de contredire leur interlocuteur.
-    Oui, à dix heures ça change.
-    Donc la journée, les hommes ont les bleus, et la nuit c’est inversé en fait.
-    Oui, pour donnerl’occasion de visiter les deux locaux, ça change chaque jour, mais ça reste rouge.

     La demoiselle s’enfonçait dans ses explications. Michel-Ange eut cette illumination : « En fait, les draps sont inversés chaque soir, les hommes vont toujours où le drap est bleu. » Il s’agissait bien de cela.

2017     Dans le onsen, le bain japonais, la première étape consiste à se laver. Des seaux en bois, du savon et des douches sont à disposition contre le mur du fond. Il s’agit de se décrasser du bout des orteils au sommet du crâne, jusqu’au dernier cheveu. Chaque centimètre carré de peau est frotté avant de pouvoir être immergé dans le bassin.
      Un client japonais, tout en se frictionnant lui-même, s’assurait du coin de l’œil que les « faces en relief » étaient au bénéfice de quelque éducation.

     Le Japonais nous avait précédé dans le bassin. Je mis un pied dans l’eau et je ressentis ce qu’une tige de métal en fusion doit sans doute éprouver dans un four. Je serrai les dents et me composai un masque de samouraï tout en continuant à progresser dans cette bouilloire géante où le Japonais, appuyé contre une paroi, paraissait à l’aise. Arrive un moment où l’on ne sent plus ni la chaleur, ni son corps, que l’on peut tout de même manœuvrer, ce qui prouve qu’on n’est pas mort. Après dix minutes à observer les bambous, la forêt, les rocs et la montagne, on retourna se frotter au savon, se rincer, se sécher et, en tong et yukata, on regagna nos chambres pour un court repos avant le dîner traditionnel. 2017