2017

Une fillette joue au ballon au bord du fleuve Ōta. Elle regarde les premiers reflets du soleil du matin. Un bateau passe sous le pont et s’éloigne lentement. Les échoppes du marché ont relevé leur rideau.

Des lambeaux d’habits flottent sur l’eau. Plus de petite fille, plus de bateau, le marché est en cendres, le pont a disparu. Derrière un rideau de fumée, le soleil n’est plus qu’un pâle reflet de l’aveuglante lueur qui vient, le 6 août 1945 à 8 h 15, d’anéantir ce qui fut une ville.

 

 

2017

Ce 18 juillet 2017, notre guide Noba nous parle en anglais des treize personnes de sa famille emportées par l’explosion, de ses oncles, de son père, qu’un cancer faucha quelques années plus tard. Elle nous explique pourquoi Hiroshima était considérée, à l’instar de Nagasaki, mais ce serait pour plus tard, comme une cible idéale. Les montagnes feraient office de bouclier pour réfléchir les ondes radioactives vers la ville. Celle-ci n’avait subi aucun dommage préalable, ce qui permettrait aux Américains de correctement évaluer les effets de cette première bombe atomique de l’histoire. La densité des bâtiments du centre ville, certains en béton, d’autres en bois promettait une destruction maximale.

Le but fut atteint : cent quarante mille morts, la moitié de la population. Le dôme en acier de Gembaku, seul bâtiment à rester debout ce jour-là, éventré et tordu, fut laissé en l’état et devint « Mémorial pour la paix ».

Le ventre serré, on parcourt les trois étages du musée. L’armature déformée de ce qui fut un tricycle, un morceau de pantalon déchiré, la photo d’un garçon sans cheveux, une tache sur des marches à l’endroit où se tenait un homme, ont été récupérés dans les décombres provoqués par le souffle à quatre mille degrés. On lit le témoignage d’une mère à propos de son fils, d’une fille sur sa sœur, d’une athlète qui perdit sa course contre la leucémie. On ressort. Le soleil brille. On voit des écoliers, le fleuve, le pont, un bateau. On se dirige vers la gare.

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