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     Cet après-midi, je me suis permis une petite folie : l’achat d’une pêche. Les fruits du Japon ont la réputation, probablement méritée, d’être les meilleurs du monde. Un simple melon, enveloppé d’un ruban comme un œuf de Pâques géant, pouvait se négocier plus de soixante francs. La pêche que je convoitais affichait un prix entre quatre cents et sept cents yens (quatre et sept francs) selon la qualité.

       Le commerçant me demanda quand je prévoyais de la manger. Je n’osai, de peur de dévaloriser une telle merveille 2017répondre « tout de suite », aussi je m’en tins à un vague « aujourd’hui ». Il tâta délicatement quelques fruits emballés dans un filet en sagex, et m’en présenta finalement un en disant : « celle-là est prête à être consommée ». Il ajouta, navré, qu’elle présentait un défaut, et me montra un minuscule point noir. Vous la voulez quand même, je vous la fais au prix de quatre cent ? Je lui répondis qu’elle ferait tout à fait l’affaire. J’imaginai qu’il allait me tendre la pêche, mais il disparut dans l’arrière-boutique, et revint avec un sachet de plastique dans lequel il déposa la soyeuse boule avec délicatesse. Il me remit le paquet avec un ultime recommandation : « Manipulez-la avec précaution. » Je le remerciai et m’éloignai avec mon précieux colis. Je m’assurai de me trouver hors de sa vue, puis je sortis le joyau de son écrin.

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