2017

     Ce soir, restaurant de sushis tournants. Pour éviter une heure d’attente, on a réservé à l’avance. On nous installe à l’une des deux cents tables autour desquelles, posés sur des assiettes de couleur, défilent sur un tapis roulant sushis, tempuras, crevettes pannées, brochettes de porc ou de poulet, bœuf wagyu, sashimis, ananas, tranches de gâteau au chocolat, et toute une série de denrées pas forcément indentifiables pour un œil européen. Devant chaque table, un écran tactile permet de passer commande. Celle-ci est déposée par des mains invisibles sur une assiette qui entame son trajet sinueux à travers la salle. Lorsqu’elle passe devant nous, l’écran s’anime et une chansonnette nous en informe. Il ne reste plus qu’à consommer son contenu, seule opération non automatisée, laissée à la discrétion de l'être humain. La couleur des assiettes permet de déterminer le montant à payer à la sortie.

     La pêche ? Ah la pêche de hier ! Une chair tendre, juteuse, que l’on boit autant qu’on la déguste, ramenant, telle la madeleine de Proust, à des souvenirs ensoleillés que l’on croyait oubliés, de verger, et de fruits cueillis tièdes sur l’arbre.

     Après le souper, on se fit reconduire à notre hôtel en taxi. Comme c’est l’usage au Japon, le conducteur était ganté 2017
de blanc. À l’arrivée, je lui remis deux mille yens (environ vingt francs) et m’apprêtai à sortir du véhicule.
     -    Attendez, attendez !
     Il avait l’air paniqué. Je m’immobilisai.
     Il fouillait frénétiquement une trousse d’où il sortit deux cent dix yens, le change exact de la course, qu’il me fourra dans les mains. Le Japon est probablement le seul pays où un chauffeur appréhende de devoir repartir avant d’avoir pu rendre sa monnaie au client.