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       À 6 h 30 du matin, notre guide anglophone, 62 years young et non 62 years old comme il tient à le préciser, piaffe déjà devant la réception. Énergique, les cheveux courts, cet ancien cadre de Canon qui a vécu sept ans à Amsterdam parle et rigole tout le temps en nous accompagnant à l’aéroport Kansai. Assis dans la navette juste devant lui, Michel-Ange a des bleus à l’épaule à force d’avoir été interpellé par de vigoureuses claques amicales. Merci d’être venu, il y a à apprendre de tout le monde, qu’est-ce que vous avez préféré ? Il n’attend pas la réponse. C’est la première fois que vous venez ? Ah non ? Et vous avez aimé ? J’aime beaucoup l’Europe. On fait partout des expériences. Il y a des gens intéressants partout, c’est ce que je me dis. Il nous prend à témoin dont Michel-Ange qui se masse l’épaule. On dort à moitié pendant qu’il explique que l’aéroport a été conçu sur une île artificielle par Renzo Piano. Il attend une fraction de seconde une exclamation admirative qui ne vient pas, et précise qu’il s’agit d’un des architectes de Beaubourg. On sort du bus. Il continue son discours en nous guidant à travers le hall. Oui, il aime ça, accompagner les touristes, il reste actif at 62 years young, merci d’être venus. Très beau Kyoto, il aime aussi, mais il est d’Osaka, il est à l’aise partout, il faut aller à la rencontre des gens, alors voilà le check-in, au revoir, bon voyage. On l’abandonne à son discours, on parvient dans la zone réservée aux passagers, on entend encore bon voyage, merci d’être venus, le portique se referme. Silence.
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       Dans l’un des couloirs d’un des terminaux de l’aéroport, on s’arrête dans un cafés près de la porte 39. On discerne alors la queue de cheval de Chieki, la serveuse du grill devenue amie avec Leah, qui au même instant, passe à quelques mètres de notre table. Elle allait rejoindre son vol pour l’Australie. Les kamis (esprits habitants les lieux) l’avaient remise sur notre chemin.

       Notre avion décolle à 10h20 pour Amsterdam. Après une vingtaine d’heures de vol, on va arriver par la magie des fuseaux horaire ce soir à 19 heures à Genève. On laisse derrière nous la suffocante chaleur de l’été japonais, les petits bars, les bains des ryokans, Kyoto, les courbettes des serveuses en kimono, les jardins zen, la foule, les temples bouddhistes et les glaces au thé vert. L’on se prépare à retrouver une température de vingt degrés, une pluie fine et durable, des toilettes faciles à utiliser, du pain croustillant, des trains moins ponctuels mais dont on peut lire la destination, des mendiants, des déchets dans les rues, des églises Chiristan, des spaghettis sauce tomate, des voitures qui tiennent leur droite, des vendeuses qu’on interrompt dans leur conversation, le lac Léman et notre maison.