20182018

     J’avais la tête pleine de cavalcades, de yourtes et de visages aux yeux bridés burinés par le vent et le soleil. À l’aéroport, une fille noiraude, lunettes, Smartphone, jeans et chemisier attend ses bagages à côté de moi.
-   Are you from Japan ? Risqué-je.
-   No, I am from here. Répond-elle dans un anglais parfait.
Elle a l’air étonnée de ma question. Elle n’a rien d’une fille des steppes. Elle se fonderait dans la foule à New York, Paris ou Tokyo.

    Lors d’un premier tour de ville, je n’ai repéré, même de loin, aucun attelage, aucun campement, juste des Chevrolet blanches, de larges avenues et des bâtiments. Une maman attendait devant la grille d’une école, son bébé dans une poussette. Sa fille de huit ou neuf ans vient la rejoindre. Ils repartent les trois, exactement comme une famille suisse ou allemande. En apercevant notre bus, la fillette sautille en agitant la main.

   2018 Les trottoirs, les routes, les bas-côtés, les salles de restaurants, les WC, tout est d’une propreté irréprochable : on a quitté la Suisse. 

    Devant chaque feu rouge, il y a un policier pour s’assurer que les voitures s’arrêtent. Coup de sifflet strident. Dans son uniforme vert bouteille, un policier se dirige vers notre petit groupe. Il nous a vus traverser en dehors du passage pour piétons. On continue. Il gesticule, s’approche. On est au milieu de l’avenue. De guerre lasse, il arrête les voitures pour nous permettre de rejoindre le trottoir opposé. « Welcome in Uzbekistan » nous dit-il quand on passe devant lui.

    Sur la terrasse d’un restaurant kebab le premier soir, on donne au garçon cent septante mille soums pour une addition de cent quarante sept mille – au total environ quinze francs pour trois –. Il disparaît à l’intérieur. Deux minutes plus tard, il est de retour.
-   It is wrong. You gave too much !
-   No, no it is OK.
-   There is twenty-three thousands too much.
Il tient à nous les rendre. On arrivera finalement à lui faire accepter ce royal pourboire de deux francs septante.