2018

Tachkent a été en grande partie détruite en 1966 par un tremblement de terre. Les républiques de l’ex-Union Soviétique ont financé la reconstruction de cette ville qui, aujourd’hui, avec plus de deux millions d’habitants, est la plus peuplée d’Asie centrale. Cette influence est à l’origine des boulevards rectilignes, des immeubles fonctionnels du centre qui se distinguent les uns des autres par leur fresque en façade, et d’un métro moderne. Le parc de l’Indépendance, à l’image de la ville, est un rectangle planté d’arbres à distance régulière traversé par des allées qui se coupent à angle droit. Le bas des troncs est peints en blanc, protection contre les insectes et rampant, ce qui fait ressembler l’ensemble à un parc d’éoliennes végétales.

Derrière des centres commerciaux vides qui abritent des boutiques de luxe, on trouve des marchés à mi-chemin entre les bazars orientaux et les kolkhozes soviétiques. Des femmes bien en chair tassées derrières une pile de choux, d’oignons ou de carottes râpées au vinaigre y côtoient des vendeurs de noix, dattes, et abricots séchés qui nous font goûter cinq ou six sortes d’abricots séchés avant de nous en remplir un sachet d’un kilo et de prendre un air étonné si on en veut moins. Ils sont des dizaines, tous vendent les mêmes produits, je me demande à qui.

Au bar de l’hôtel, vestiges de la planification soviétique, les employés terminent entièrement de préparer une commande à plusieurs avant de s’enquérir du client suivant. Le dernier Coca a été vendu. Il ne reste qu’une petite bouteille d’eau minérale. Ils nous proposent des jus et de la vodka. Le barman nous apporte notre commande au l’autre bout de la salle, retourne chercher du change, n’en trouve pas suffisamment dans la caisse du bar, passe au guichet bancaire de l’hôtel, puis revient à notre table nous rendre vingt mille sums. Tout cela alors qu’une file de clients s’est formée devant le comptoir. 

Tachkent n’est pas l’Ouzbékistan. Dirba, notre guide ouzbek, grands yeux bleus dans un visage rond entouré de cheveux auburn presque roux nous raconte dans un allemand parfait la légende à l’origine de l’Ouzbékistan : « Il y a très longtemps, l’amabilité et la politesse des Ouzbeks étaient déjà reconnues. Au temps de la répartition des terres, l’envoyé ouzbek attendait dans la file, mais disait à tous : « Après vous ! » si bien qu’il se présenta le dernier devant Dieu, surpris de trouver encore quelqu’un car il avait déjà tout distribué. « J’ai déjà attribué toutes les parcelles disponibles sur terre, lui dit-il, alors je vais te donner un morceau de Paradis. » Et ce fut l’Ouzbékistan.

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