2018

 

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 Dans un atelier, des jeunes-filles sont en train de tisser des tapis. Entre deux semaines et des mois pour en terminer un seul, qui est vendu entre trois cents et quelques milliers de dollars selon la finesse de la trame. On voit une vingtaine de tisseuses, deux cents autres travaillent à l’étage paraît-il. Elles ont toutes plus de dix-huit ans, le travail des enfants est interdit, précise la jeune patronne. On nous sert du thé, les tapis sont déroulés, retournés, palpés. 
-   Il peut être chez vous en sept jours, partout dans le monde, nous assure-t-elle en anglais.
     Elle demande à deux ouvriers de nous présenter quelques modèles dans les tons rouge, sable, bordés de bleu foncé.
-   Les motifs sont de Boukhara, certains nous imitent, mais les authentiques sont sous vos yeux.
     Un des ouvriers a roulé un tapis qui forme un cylindre qu’elle soupèse devant nous :
-   Regardez comme ça prend peu de place dans une valise, trois kilos seulement.
     On reprend du thé. On quitte les lieux sans tapis, mais avec une carte de visite.2018

     On flâne entre tapis, services de porcelaine, figurines de bois sculpté, entre des vieilles pierres qui ont vu déambuler chameliers et marchands dont certains se sont établis ici. C’est un lieu de rencontre, aux influences russes, chinoises, perses, tadjiks, nous dit notre guide Bella. Elle nous rend attentifs aux dissymétries dans la géométrie des motifs car, nous explique-t-elle, seul Allah peut concevoir la perfection. Je me dis que l’homme n’aurait donc pas eu à se donner tant de mal pour éviter une perfection inatteignable, mais bon, c’est beau quand même. L’aspect fantasmagorique de lions et autres animaux sculpté vient du fait que le Coran interdit la représentation du vivant. La vie et la mort sont dans les mains d’Allah, nous explique Bella. Je me souviens qu’elle nous avait raconté qu’au XVdes condamnés étaient précipités du haut d’un minaret. Je me dis que pour donner la mort, Allah bénéficiait d’un coup de main qui a tendance à perdurer de nos jours. Si les moyens diffèrent, certaines traditions se révèlent à l’épreuve du temps. 

     On arrive à un bassin carré, dont les marches très raides permettaient aux caravaniers de continuer de se ravitailler quand le niveau de l’eau baissait. Aujourd’hui, le clapotis de l’eau est couvert par les décibels de la sono d’un restaurant. Des chameaux en plastique dévisagent de leur œil figé les consommateurs locaux fortunés buvant une bière sur la terrasse.