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Trois femmes viennent de s’attabler en face de moi au Palio Espresso Bar du Bellagio. Chez nous, on se retournerait pour observer la plus « mince » tellement elle est énorme. Elle a devant elle un verre plein de caramel liquide et de crème fouettée. Les deux autres ont chacune un gallon de Coca Cola débordant de glaçons, portion familiale chez nous. 

Downtown, au Golden Nugget, des gros qui déambulent en bermudas, plusieurs spécimens arborent sur le crâne une crête de couleur, ça a l’air d’être à la mode. Un corps sans tatouages surprend. 

Devant le casino, dans la rue principale Fremont Street, des filles seins nus, ou plutôt, normes américaines obligent, mamelons pudiquement recouverts d’une fleur, nous proposent une photo souvenir. Un vieux cow-boy en string se trémousse pour essayer de soutirer quelques sous aux passants.

Dedans comme dehors, la musique est à fond. Les endroits les plus calmes sont les salles de poker. Au petit tournoi du Golden Nugget, certains joueurs avaient l’air de clochards. Les gens jouaient tellement mal que j’avais presque honte vis-à-vis des croupiers. Une dame âgée en combinaison de cuir rouge gagnaient presque toutes les mains en ne comprenant pas trop ce qui se passait ou en faisant comme si. Fini troisième pour un gain de 115 dollars. 

Aux tables de cash, les gars ne font que causer. Surtout deux d’entre eux, un Texan et son vis-à-vis, dont la sœur, rendez-vous compte, a déménagé au Texas. Je lui pardonne car, en compensation du désagrément de son incessante conversation, il a foldé face up ses deux as sur mon bet de J9 sur KKT7, certain que j’avais forcément un roi. 

Poker [Un gars qui vient de s’asseoir à ma gauche me semble plus compétent que les autres : au lieu de limper, il raise ses deux premières mains. Il s’empresse de corriger ma première impression en me montrant QQ et en disant qu’il n’a reçu que des premiums depuis son arrivée. J’ai quand même perdu un pot de cinq cents avec KQs contre un maniaque qui a callé mon raise de 20 avec T7o.]

Dans les restaurants, les serveurs s’enquièrent en permanence de notre satisfaction : « Ça va ? C’est bon ? », et quoiqu’on nous ait servi, on répond « oui ». Quand je ressors sur Fremont Street pour emmagasiner un peu de chaleur, je vois un cow-boy moustachu coiffé d’un large feutre jaune vif, deux filles, béret de policier et porte-jarretelles, tentant d’arrêter les passants mâles à coup de sifflet pour un simulacre payant de tabassage policier, et un grand-père de septante-deux ans (son âge figure sur sa pancarte), dansant en chemise western sur une estrade. Un chômeur noir tape sur des seaux en plastique, un homme et un petit garçon qui doit être son fils massacrent des tambours. Un magicien devine des cartes choisies par des passants, un contorsionniste prend des positions improbables, et d’anciennes putes au corps déformé, dans l’espoir d’une aumône, se donnent en spectacle pour tenter de survivre un jour encore.