Skopje IV et fin : Bureaucratie
Au comptoir du Limak Skopje Luxury Hotel, la bureaucratie soviétique trouve une seconde jeunesse. Si vous vous avez l’intention d’acquitter votre séjour au moment du départ, prévoyez une demi-journée. À la réception, une dizaine de clients nerveux font face à deux placides employés. Enfin, le plus souvent une seule employée, car le deuxième est hors de vue, en train de demander au superviseur ce qu’il doit répondre à un client. Mais il peut arriver que le superviseur soit en train de se renseigner auprès du directeur, dans un bureau plus important. On aurait gagné de précieuses minutes si quelqu’un avait pensé à mettre du papier dans l’imprimante ou, au pire si celui qui n’y avait pas pensé savait où se trouve la clé donnant accès au stock de papier. Après une cinquantaine de minutes, un employé m’a demandé mon numéro de chambre avant de disparaître dans un des bureaux.
J’avais l’intention de payer en liquide, mais quand il est revenu, il avait déjà débité ma carte.
- Mais vous m’aviez dit que vous vouliez payer.
- Oui, mais après avoir vu la facture.
Il tapote quelques touches sur un terminal, part vérifier que l’imprimante a obéi, ramasse des papiers, me présente une facture bourrée d’erreurs et s’en va.
Il revient avec sa supérieure. Les montants en trop étant en bonne partie compensés par les tickets manquants, je leur suggère de tout laisser sur la carte débitée. Il avait déjà annulé l’opération ou elle n’avait peut-être jamais eu lieu.
J’ai payé en liquide et j’ai attrapé l’avion prévu. La veille, l’avion pour la Suisse n’était jamais parti et les passagers avaient dû se rendre en bus à Tirana à quatre heures du matin. Ce lundi soir, il a décollé de Skopje pile à l’heure prévue.
Lors du vol, je songe au bazar de Skopje où l’on a dégusté le meilleur café de notre vie, payé deux francs pour trois, bouteilles d’eau incluses, au chauffeur de taxi qui, au retour du canyon Matka, s’est arrêté pour nous offrir des limonades, aux commerçants qui ajoutaient un souvenir à nos achats. Je quitte un monde perdu où les communautés religieuses s’entendent, des bribes de soviétisme perdurent, les marchands du bazar insistent pour nous rendre la monnaie et les prix sont restés ceux des années soixante.
