Mercredi
- Eh salut ça va ?
- Charles-Henry ! Qu’est-ce que tu deviens ? T’habites ici ?
Tous les dix ans, sortant d’une Ferrari ou entrant au casino, je croise en coup de vent celui dont l’embonpoint et la fortune grossissent en parallèle.
- Je suis entre Genève et ici.
- Tu joues au backgammon ?
- Non non, ça m’intéresse plus.
- Au poker ?
- Ils m’appellent quand il y a une partie intéressante.
- C’est-à-dire ?
- Des caves minimum de dix ou vingt mille.
- Tu joues à combien ?
- 100-200 ou 200-400, ça dépend.
- J’ai lu que t’avais une ta banque en ligne…
- Oui je l’ai vendue il y a une année et demi.
- Tu fais quoi maintenant ?
- Je m’occupe de hedge funds, de paris en ligne, d’immobilier…
- Ah oui, tes domaines.
- Toi ça va, t’a des enfants ? T’es marié ?
- Oui une fille huit ans.
- Magnifique.
Il n’est pas en prison, manifestement tout va bien pour lui.
J’ai perdu la fin du match contre le Brésilien margoulin Savio. Dans la consolation progressive, je gagne le premier match contre un adversaire qui ne s’est pas présenté, puis contre Lamotte, un Belge qui grimaçait à chaque décision à prendre et qui était d’une lenteur pathologique.
« Ion n’est pas là ? »
Une dizaine de joueurs m’ont posé la question.
- Non, il vient jeudi, il voulait être sûr de ne pas être tenté de s’inscrire.
Didier Assaraf me montre une position.
- Comment tu jouerais ça ?
- Ben je frapperais.
- Non attends c’était pas comme ça.
Il change trois fois et n’est plus sûr.
- Je parle pas anglais, tu pourrais demande jusqu’à quand on peut s’inscrire pour les doubles ?
- Oui, oui, bien sûr.
- C’est quoi les probabilités à 8-3 ?
- Ça dépend du score.
- Tu sais calculer ça. Tu parles anglais, t’es prof. de math, t’as une famille, tu joues au tennis, t’es un génie !
- Ben écoute, il y a eu Léonard de Vinci, Galilée, Einstein. Maintenant c’est moi. Chaque siècle a le sien.
Canotier, barbiche, sourire un peu suffisant, Serge Rived passe devant moi.
- Salut.
- Salut. T’es toujours à Londres ?
- Londres, Copenhagues, la Thaïlande… l’année prochaine je serai peut-être en Suisse.
Il s’en va, son éternel petit sourire aux lèvres, à la fois content de lui et un peu gêné.
Encore un double avec Alan Grunwald gagné 7 à 6 à contre Jesperson et un autre Danois. Il est trois heures du matin quand je remonte à l’hôtel.