Admission III Fin de séjour

On m’avait installé une hydratation intraveineuse pour la nuit. La veilleuse de nuit m’avait dit qu’elle pourrait décrocher le sac transparent quand le liquide se serait écoulé. Elle profita d’un passage pour détacher la perfusion de mon poignet. Je n’allais pas rappeler cette pauvre dame pour enlever le reste des sparadraps gênants. Je les décollai et, tant qu’à faire, je tirai sur un bout de tuyau qui formait une bosse sur le plat de ma main. Je ressentis une impression de délivrance et presque simultanément, de fraîcheur. J’allumai. Une aiguille se balançait à mon poignet et un liquide poisseux, épais et rouge s’écoulait sur les draps, le coussin et le duvet. Il y en avait partout. J’appuyai sur la sonnette. La dame-que-je-ne-voulais-pas-déranger arriva, appela tout de suite une deuxième veilleuse avec qui elle s’appliqua, à deux heures du matin, à changer l’entier de ma literie en veillant à me déranger le moins possible.
- On est là pour ça, ce n’est rien, mais il n’aurait pas fallu enlever le cathéter.
C’est ce que j’étais en train de me dire. Je hochais la tête d’un air bête et navré en me demandant si j’avais bien fait de ne pas les déranger. Une sonnerie se faisait entendre dans une chambre voisine, elles repartaient déjà en me souhaitant une bonne fin de nuit.
Le degré de sophistication des opérations est fascinant : par trois petits trous, au moyen d’une sonde, d’une caméra et de robots, un chirurgien retourne des tissus à l’intérieur du ventre d’un individu, en l’occurrence ce jour-là, le mien. Il change des éléments, en consolide d’autres, remets tout comme il faut – il a fait de longues études –, fixe quelques points de colle pour sceller l’affaire et on repart le lendemain chez soi, équipé de pièces de rechange flambant neuves.
Quand je quittai l’établissement, l’infirmière me glissa en me serrant la main :
- Je ne vous dis pas à bientôt !