Premiers tours de roue
Patras. Débarquement du ferry. Une file de camions nous précède. Tous à gauche, direction Athènes. Malgré les travaux, on a des chances d’éviter les bouchons à cinq heures du matin.

Premier feu rouge, je m’arrête. Appels de phares, klaxon. Où avais-je la tête ? On est en Grèce. J’appuie sur le champignon. Un camion et deux ou trois voitures passent encore, la course est lancée. Plusieurs voitures étrangères semblent hésiter : quelles sont les marques délimitant les voies ? Des véhicules roulent à cheval sur la bande d’arrêt d’urgence, certains sont sur la voie « normale », mais ils se font doubler à gauche et à droite, d’autres ont finalement décidé que la bande d’arrêt d’urgence faisait partie de zone de roulement normale. Les gens ont ainsi un double intérêt à ne pas tomber en panne. La vitesse est limitée à cinquante kilomètres heures, on roule à septante, ce qui n’empêche personne de nous dépasser. La double ligne blanche n’est pas plus dissuasive, elle a sans doute pour unique fonction d’indiquer le milieu de la route, et de contribuer à écouler les stocks de peinture blanche dont on ne savait plus que faire.
Chez nous, le signal rond flèche blanche sur fond bleu indique que la route se resserre, donc qu’il est impératif de se rabattre. Ici, s’il y a lieu, ce signal est répété des centaines de fois à intervalle de cinq mètres, pour fermer toute possibilité de s’enfiler sur la voie en travaux.
A l’instar des autres pays, il y a des panneaux de limitation de vitesse : cinquante, septante, huitante, cent. Mais ils ont ici une fonction uniquement décorative. Avec toutes les voitures qui nous suivent de près, il serait même dangereux (peut-être interdit ?) d’en tenir compte.

Pour le petit col de montagne avant l’arrivée à Porto Germeno, on s’en remet à notre ange gardien, à l’instar de ce conducteur de pick-up qui coupe la double ligne dans un virage pour dépasser un camion gênant. Dernier lacet, la vue s’ouvre sur une mer turquoise aux reflets bleus, bordée de pins accrochés aux rochers, sous un soleil matinal déjà haut dans le ciel grec.
