Chroniques persanes XXII : Départ


Philippe et David se disputent comme des écoliers dans l’ascenseur parce que l’un aurait interverti les couvercles des boîtes et Philippe pense que David a son foulard et David assure que non et moi je n’en ai aucune idée. Comme ma chambre est un étage avant les leurs, je ne connais pas l’issue ultime de l’affrontement, mais au moment du départ, ils étaient tous les deux présents.
On aura passé une nuit un quart à l’hôtel. On part cette nuit à minuit trente pour l’aéroport. Notre avion décolle à 5h du matin : j’ai bien fait de ne pas choisir pilote ou steward comme métier !
À 18 heures, je profite de me reposer une heure dans la chambre avant le dernier repas à l’hôtel. On sonne à la porte. Je sursaute. Que me veulent le contrôleur du bar de la chambre ou la femme de chambre. Je crie « No » depuis mon lit. Quelques minutes s’écoulent. La sonnerie retentit à nouveau. Je jure en français et hurle en anglais que ce n’est pas nécessaire de passer. J’entends que la personne est toujours devant l’entrée.
Prêt à la rembarrer, je vais ouvrir et me retrouve nez à nez avec notre guide Leyla qui a l’air toute désolée :
- Oh sorry, you were on bed, I am so sorry.
Je la rassure, me colle un sourire sur le visage. Je suis très mal à l’aise de l’avoir si mal accueillie.
- I have this for you.
Elle me tend un petit récipient en poterie. Elle l’a acheté pour moi sur un marché. Elle voulait que chacun ramène un souvenir d’Iran.
- It’s so nice, thank you so much.
- It’s nothing, don’t even mention it.
Je suis pieds nus dans mes petits souliers. C’est si attentionné de sa part. Je me confonds en remerciements.
- Don’t even mention it, répète-t-elle.
Elle s’excuse encore, s’en va tout doucement. Je referme la porte, mets ma honte en veilleuse et le petit pot dans la valise. 
On est dans le bus, avec du caviar, des tapis, des souvenirs dans la tête et dans nos bagages. L’atmosphère est nostalgique pour cet ultime trajet. On ne prend pas tous le même avion. On se fait des promesses : Catherine nous attend à Paris, Philippe a prévu un apéro à Chardonne, Andrea de Zurich me fera signe dès qu’elle sera à Lausanne, je passerai à l’agence dire bonjour à notre guide Andrea, quel magnifique groupe, quel beau voyage, quels souvenirs ! et un tas d’autres choses.