Partie 5 : Aux tables des restos
Trois catégories de restos aux Etats-Unis : 1) les hauts de gamme, italiens et steakhouses : excellents et chers, 2) les fastfoods style Subway ou McDonald’s, passables de temps en temps, 3) le reste : assiettes garnies de montagnes de nouilles trop cuites à l’aigre-doux, de salade Caesar insipide au fromage, de frites grasses au ketchup, de saucisses dégoulinantes, de poulet aux hormones, tout cela précédant les trois étages de crème d’un cheesecake au goût de cerise : all you can eat pour 12.99 plus taxes. Avec Serge on a opté pour des petits déjeuners à l’américaine : eggs any style, bacon or ham, toasts, permettant de tenir sans problème jusqu’au soir où l’on se décidait pour du chinois (hors catégorie car pas américain) ou pour la catégorie numéro 1.

On dînait ce soir-là à la table voisine du Steakhouse du Wynn, bonne adresse, service agréable, la demoiselle ne nous demanda qu’une fois si l’on désirait un apéro et, devant notre refus, ne prit pas un air catastrophé, comme celui du sommelier du Bartolotta (60$ l’assiette de spaghetti, mais il nous recommandait plutôt un poisson de la Méditerranée à 300 dollars). Bref au Steakhouse du Wynn, excellent repas à 100 dollars : New York T bone steak, purée de pommes de terre (génétiquement calibrées mais ça n’altérait pas le goût, on découvrira sa suite à l’autopsie) du Yukon, épinards, Malbec d’Argentine et Dôme fondant au chocolat noir pour dessert. Nos voisins, deux Sud Américains étaient moins fantaisistes : filet mignon comme entrée, New York steak comme plat principal. Un des deux paraissait plus végétarien que l’autres : sa viande était empaquetée des feuilles de chou. On n’est pas resté pour observer leur dessert.
Bruit des machines à sous, annonces dans les zones commerciales, musique jusque dans les toilettes, Las Vegas c’est, pour les oreilles, une gigantesque cacophonie permanente. Pour jouir d’un repas au calme, quoi de mieux qu’un restaurant du nom de Tao asian restaurant, dont la devanture est un Bouddha en position de lotus ? Bref, réservation fut faite pour une des dernières tables libres, à 18h30. A l’entrée, la demoiselle s’adressait à nous en hurlant pour couvrir le bruit de la musique. Elle nous mena dans la salle principale où nous avons instantanément regretté le calme du hall d’entrée : des haut-parleurs diffusaient à plein régime les derniers tubes de la planète Hip Hop tendance heavy metal. Impossible de se faire entendre du serveur. Pour commander notre poulet épicé à l’ananas (excellent, mais rapidement avalé pour s’échapper à cet enfer sonore), il fallait désigner les mets sur la carte. Autour de nous, de jeunes couples et des groupes en fête.
Tout le monde pianotait sur son portable. Vous avez remarqué que, dès qu’ils sont au bout de leur Natel, les gens parlent fort, comme des enfants criant dans un cône pour se faire entendre d’un copain à une centaine de mètres. Eh bien, le Tao est le seul endroit où j’ai trouvé que les gens parlaient moins fort dans leur téléphone qu’à leur vis-à-vis.
En fait, le Tao, avec au mur ses images de sages tibétains, est une boîte de nuit avec service de restauration. Le son des basses s’entend à l’extérieur jusqu’au bord de la piscine du Venetian.