Juillet au Québec III
Aux Îles de la Madeleine

Du large, on observe des falaises de terre rouge coiffées d’une bande herbeuse qui tombent abruptement dans un océan gris. Quelques maisons, des vagues, du sable, le ciel. Les Îles de la Madeleine sont un confetti abandonné sur l’océan à l’est de la Gaspésie. Il s’agit d’un archipel de cinq îles en demi-lune reliées par des ponts.
Peu avant midi dimanche, on débarque dans le port de pêche de l’île de Cap-aux-Meules.
Au bureau du terminal, un loueur de voiture-buraliste-agent touristique nous oriente. On signe quelques papiers. On confirme, sans l’avoir vue, que la voiture réservée est en bon état - Faites-nous confiance - d’accord pas de soucis, on ne va pas se fâcher tout de suite.
- Voici les clés. A la fin du séjour, vous la remettez en place avec les clés dans la boîte à gants.
- Vous ne vérifierez pas ?
- Non, non, ça se passe comme ça icitte. Il y a pas de problèmes sur les Îles.
Une brigade de quatre policiers veille sur la sécurité jamais ébranlée des douze mille habitants. Où un voleur pourrait-il dissimuler son butin ?

A la sortie du port, deux possibilités se présentent : le tour des îles par la gauche ou le tour des îles par la droite. Il n’y a qu’une route, la 199. Impossible de se perdre, toutes les voies secondaires débouchent sur la 199. On opte pour la droite en direction de l’île du Havre-aux-Maisons. Des fleurs sauvages blanches et violettes, un phare, la mer au pied de la falaise. Pas d’arbres, quelques gros buissons qui ont du mal à pousser, des maisonnettes de bois peintes de couleurs vives, jaunes, violet, bleu, rouge. Les rares rayons de soleil qui percent le ciel nuageux font ressortir les teintes des façades. Ephémère revanche sur la nature qui partout dicte sa loi, les Madelinots, s’ils ne sont pas à la pêche, semblent avoir l’obsession de tondre leur gazon. Devant les maisonnettes, les carrés verts sont tirés au cordeau. Parfois l’archipel a quelques kilomètres de large, parfois il s’agit juste d’une bande de terre au-dessus de l’océan entre deux dunes de sable.
On continue au nord en direction de la Grosse-Île. En combinaison, des dizaines de surfeurs profitent du vent régulier dans la lagune de Havre-aux-Maisons pour pratiquer le kitesurf. Accrochés à leur parachute, ils glissent dans des gerbes d’écume à près de cinquante kilomètres à l’heures.
Le jour suivant, à la sortie du parking, on se décide pour la seconde option, on tourne à gauche sur la 199 en direction de l’île du Havre-Aubert. La massive stature blanche de la plus grande église en bois du Québec se détache au sommet d’une butte. Le ciel est couvert et le vent si violent qu’il est à peine possible d’ouvrir les portières de la voiture.
Après quelques kilomètres, en face des chalets de vacances du Cap-Vert, la plage de la Martinique, dunes herbeuses mêlées de sable, s’évanouit dans une mer démontée. Chalets du Cap des tempêtes et plage des cinquantième hurlants feraient des noms plus appropriés.
A midi, on se réfugie à La Grave au café Le blé qui lève, un des nombreux cafés accueillants pris d’assaut par les touristes. Une dame originaire des îles est assise à la table à côté de la nôtre.
- Le vent est toujours ainsi ?
- Non, non, fin août, il diminue.
Des éoliennes ont été installées sur l’île. Aucun modèle ne fonctionne : trop de vent !
En ressortant du café l’après-midi, on se rend compte que le matin, il avait fait beau. Des bourrasques de pluie, pas un crachin d’été, mais une lourde pluie qui mouille charriée par un vent tempétueux nous transperce. Le froid et la brume évoquent un moment glacial d’une journée de novembre, sauf que chez nous de brèves accalmies succèdent aux averses. En parcourant les cent mètres séparant la galerie d’art de l’aquarium, on est trempé jusqu’à l’os malgré le pull, le coupe-vent, les pantalons et les chaussures fermées. Deux jours de suite, les records de froid, qui dataient d’il y a cent vingt ans, auront été battus.
Comme le dit Odette Leblanc dans son spectacle Les belles veillées chez Tante Emma : « Si tu veux-tu le climat du Mexique, y t’faut-tu te rendre au Mexique. Icitte, c’est les Îles. »

