Japon III Métro
Le but n’est pas la destination, le but est le chemin lui-même. Je fais mien cet adage pour éviter de devenir fou en cherchant des repères dans cette mégalopole de vingt millions d’habitants. Le défi immédiat est de prendre le métro de la ligne violette, c’est-à-dire la ligne Z, dans la bonne direction, celle de Suidibashi ou quelque chose comme ça, qui n’est ni la station suivante, ni celle en bout de ligne, mais qui répond à une logique pour moi inaccessible, puis descendre à Omote-Sando. Ensuite chercher, et peut-être trouver le café recommandé, à deux pas de la sortie du métro.
Je remarque un homme d’affaire fort bien élevé qui me fait un signe de tête. Tiens, quelqu’un me connaît ici ? Je repère un autre monsieur plus jeune en complet veston courbé jusqu’à terre. Les deux m’ignorent et continuent de se saluer. Le degré de respect se mesure à l’angle de la courbette. En cas de doute, les Japonais échangent leur carte de visite avant de se saluer. D’après son rapide signe de tête, le plus âgé des deux pourrait être son patron. Je continue mon chemin, abandonnant le jeune plié jusqu’au sol me demandant s’il s’est relevé depuis.



À Omote-Sando, il me reste à découvrir devant laquelle des dix sorties se situe le café. Eh bien, en moins de trois heures depuis le départ de mon hôtel, j’ai réussi à effectuer la demi-heure de trajet prévue. Je suis mûr pour Koh lanta ou autre aventure télévisée de survie dans la jungle.
Pour le retour, j’ai rejoint la station d’Omote-Sando par un passage sous voie et j’ai suivi les flèches indiquant la ligne violette Z. Je finis par me retrouver à l’extérieur sur le trottoir d’en face. J’ai dû faire quelque chose de faux. Une bonne samaritaine me remet sur le droit chemin. Le métro est justement là. Je peux me glisser à l’intérieur… et il ne démarre pas. Les portes se rouvrent. Sonnerie. Elles se referment mais la rame reste à quai. Personne ne bronche. Un commentaire en japonais sort des haut-parleurs. Les portes se rouvrent et se referment plusieurs fois. En France ce serait l’émeute, ici, chacun reste sagement à sa place. Après une vingtaine de minutes de ce manège, les gens se lèvent et quittent la rame. Je me dis que ce serait avisé de suivre le mouvement. Trois cent soixante-quatre jours par ans, les rames d’une vingtaine de wagons se suivent toutes les trois minutes. Le trois cent soixante-cinquième, il y a une panne. J’ai eu l’occasion de vivre cette expérience exceptionnelle. J’emprunte la ligne G qui rejoint la Z deux arrêts plus loin. J’arrive enfin à Kudenshita, à cinquante mètres de notre hôtel. De retour au Grand Palace, je me sens l’âme d’un conquérant, celui qui a triomphé du métro tokyoïte dont le plan ressemble à un plat de spaghettis psychédéliques.