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20 juin 2022

Chroniques persanes III : Départ

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Dimanche 15 mai, en sortant de chez moi j’avais déjà trop chaud à la grille du jardin. Qu’est-ce que ça donnera en Iran ? À l’aéroport de Cointrin, je passe devant une affiche géante présentant une demoiselle tout sourire sous un slogan « Veux-tu devenir testeur/euse de chips Zweifel ? » Je décide que non et anticipe, d’ici quelques heures, l’atterrissage dans un pays aux préoccupations bien différentes. 

Philippe est le premier compagnon de route avec qui je fais connaissance à l’aéroport.
-    On mangera après, on va déjà prendre l’apéro.
C’est son leitmotiv, la phrase qui le résume en quelques mots. Le séjour en Iran est une épreuve à laquelle il se prépare moralement et physiquement : quinze jours d’abstinence. À soixante-sept ans, il y a probablement un demi-siècle que ça n’était plus arrivé à cet ancien régent de Chardonne. 

Il a tout de suite passé au tu :
-    Tu vois, Chardonne, m’explique-t-il, c’est une bande verticale comme tous les villages de Lavaux : un bout de lac, les vignes, la montagne.

Il doit entraîner son accent vaudois, faire des répétitions en même temps qu’il chante dans les chœurs. Un tel accent, c’est pas possible ! même dans une rétrospective de Ramuz, il paraîtrait surfait. Avec son canotier qu’il soulève pour saluer les gens, il me fait penser à un Jacques Tati en plus enveloppé dans « Les vacances de monsieur Hulot ».

Devant son inquiétude à l’orée des deux semaines d’abstinence, je risque une question :
-    Pourquoi tu as choisi l’Iran ? 
-    J’étais libre ces deux semaines.

Plus tard il donnera également une autre raison : il adore le caviar. Pour le moment, il est occupé à s’assurer que le coup de blanc commandé est en route. Il est un peu stressé, car c’est le dernier moment pour faire des réserves. Après la tournée qu’il nous a offerte, il vient de passer au rouge. Il refuse catégoriquement que je boive la dernière gorgée à la bouteille pour goûter.
-    Ah non ! C’est un sacrilège. Personne fera jamais ça en ma présence.tempImageGANi6r
-    Qu’est-ce que ça peut faire ? je demande.
-    C’est sacré, faut respecter le vin.

Pour éviter un incident diplomatique avant le départ, je renonce. Avant de passer les contrôles, il a dû sentir une petite soif car on le retrouve devant une pression. Après les contrôles, sa petite soif ne l’a pas quitté, car il se commande une dernière vodka pour la route. Il est en train de se constituer des réserves. Il a adopté le comportement du chameau avant de se lancer dans la traversée du désert iranien.

-    Si on me cherche, c’est facile, nous lance-t-il, je suis toujours au premier bistrot.

 

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