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2 août 2022

Chroniques persanes XVI : Ispahan

 

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Des ponts de pierre à deux étages enjambent le Zayanderhud qui traverse l’ancienne capitale. À chaque extrémité, symbole royal universel, deux lions sculptés montent la garde. Au centre, se trouve une loge d’où le monarque pouvait assister aux compétitions d’aviron quand il y avait de l’eau parce que, quand on a eu passé comme dirait un Vaudois, y en avait que dalle. Un élégant tracé d’herbe et de sable s’incurve à travers la ville, ses berges fleuries de parterres de roses et de lauriers. Des jeunes à l’allure un peu louche traînent sur et sous le pont principal. Leyla nous recommande de nous tenir à distance. Le soir, on sera suivi par un groupe de fêtards chantant à tue-tête comme s’ils avaient bu, peut-être était-ce le cas. Deux d’entre eux nous rejoindront devant l’entrée de notre hôtel… pour s’excuser d’avoir fait du bruit, mais ils fêtaient un anniversaire entre étudiants, nous expliquent-ils. Le soir, des food-trucks stationnent le long des avenues parcourues par une foule dense et bigarrée. Des religieux tentent de rameuter les passants indifférents à leurs efforts. Il ne se trouve que quelques femmes voilées de noir pour prendre place devant les mégaphones de la propagande officielle.

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    De l’autre côté du pont qui enjambe l’herbe, s’étend le quartier arménien avec ses centres commerciaux modernes, ses boutiques de luxe, ses restaurants et son église orthodoxe. Au centre-ville, la place Naghch-e Djahan, littéralement le modèle du monde, conçue au XVIIe pour devenir la plus grande place du monde, figure à une honorable cinquième place, très loin devant la Riponne. Elle a fière allure avec sa mosquée de mosaïques bleues à une extrémité, un bassin au centre, son palais sur un des côtés, des boutiques et des calèches à chevaux pour promener les touristes qui ont remplacé les marchands le long de la route de la Soie. Un bazar, de la marquèterie, des tapis, des figurines, des jeux de backgammon et d’échec, des restaurants, du thé, des jus, du café, mais toujours pas d’alcool et l’on tremble pour Philippe. Il s’avère juste un peu nerveux le deuxième soir devant une boutique de douceurs. Au moment où l’on en ressort, il a disparu dans les méandres des ruelles de la ville arménienne, mais on le retrouvera sain et sauf à l’hôtel. La boutique, selon Leyla, offre la meilleure qualité à des prix très compétitifs, ce qui explique que le marchand ne se sente pas tenu de sourire, de remercier les clients, conserve derrière sa moustache cet air revêche, et refuse de nous faire goûter ne serait-ce qu’une pistache. De toute façon, les clients affluent.

 

 

 

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