Marchand de tapis 3ème partie (fin)

Quelques minutes plus tard, on était installés devant des verres de thé à la menthe dans la salle de présentation d’un commerce de tapis.
— Aucune obligation d’achat, plaisir des yeux, nous avait assuré un homme dont le sourire s’ouvrait comme une tirelire au milieu du visage.
Il nous présentait divers tapis de laine ; plutôt, il dirigeait un employé chargé de dérouler des tapis tressés, tissés, noués, dont son chef décrivait les provenances selon les types de motifs brodés. Le sol était couvert d’une cinquantaine de tapis quand il nous annonça :
— Je vous ai parlé français. A votre tour de parler berbère, vous verrez, c’est facile. Il désigna son employé. Il va reprendre les tapis. S’il vous plaît, vous dites « Ouara », s’il ne vous plaît pas, vous dites « Awah ».
Là-dessus, il quitta le local. Nous restâmes avec l’employé qui tenait à bout de bras le premier tapis.
— Awah.
Il le plia, le rangea dans un coin du local et nous présenta le deuxième tapis.
— Awah.
Le manège se poursuivit : Tapis « Awah ». Tapis « Awah ». Le pauvre type déroulait tapis après tapis. On glissa un ou deux « Ouara ».
Le patron revint. Chantal avait remarqué un tapis qui pourrait faire l’affaire.
— Celui-ci ? Ah ! vous avez du goût Madame.
On sentit que ça ne serait pas le meilleur marché.
— Il est tressé. Il le retourna. Regardez la finesse.
On regarda. On s’enquit du prix, un détail manifestement.

— Le prix ? Sept cents euros.
Regards inquiets.
— Pour vous quatre cent-cinquante.
— Trois cents ? Oh, non, je perds de l’argent. On n’est pas des marchands de tapis.
Les milliers de tapis empilés jusqu’au plafond auraient pu semer le doute.
— juste un petit commerce. Allez, quatre cents pour vous. On va l’emballer.
Signe de tête à son esclave qui fila chercher un plastique et de la ficelle.
— Pour le voyage, pas de soucis. On envoie aussi par la poste si vous en voulez un autre, il arrive chez vous, garanti.
Il ordonna quelque chose à l’employé qui se mit à coudre un plastique autour du tapis enroulé réduit à un volume minimum.
Il ne nous restait plus qu’à payer le tapis et l’employé, oui c’est à nous que cela incombait. On repartit avec le paquet sous le bras.
Momo nous attendait devant la boutique, content de sa journée, parlant avec ses potes. Comme on dit là-bas : « Marrakech, c’est douze mois d’été, le reste c’est pour l’hiver. »
