Voyage d’étude à Nice I : l'arrivée
Dix heures, aéroport de Genève. Un haut de forme à carrés bleus et blancs émerge. Dessous, hilare, Bilal arrive avec trente minutes de retard.
- Ça met de la bonne humeur, assure-t-il en montrant son chapeau.



Il s’était rendu à l’opposé du lieu de rendez-vous. Un tiers des élèves ne sont pas encore là.
- Bonjour m’sieur, bonjour madame. Il y avait un chien qui se baladait sur l’autoroute.
Eva, Marina et Lea viennent d’arriver. Comme on avait prévu dans notre timing qu’un chien se baladerait sur l’autoroute, on se dirige dans les délais vers le check-in. Tous, même les filles et Robert, ont réussi à se contenter d’une seule valise en cabine.
Une demi-heure après le décollage, le haut-parleur annonce la descente sur Nice. L’avion décrit des cercles au-dessus de la ville, histoire sans doute de laisser aux passagers le temps de finir les chips et les boissons qu’on vient de leur vendre.
Au terminus des bus, une demoiselle nous informe que le coût du trajet aéroport-centre ville est de six euros. Elle ajoute :
- Pour un euro, vous pouvez aussi prendre le bus vingt-trois au terminal 1.
- Parfait. J’aimerais vingt-deux tickets s’il vous plaît.
- Il faut les prendre dans le bus.
On se rend au terminal 1 où un responsable nous confirme que pour la place Masséna, il faut prendre le bus numéro vingt-trois, juste derrière la passerelle.
On laisse passer quelques bus puis on monte dans le vingt-trois.
- Vous voulez vingt-deux tickets ? Il aurait fallu les prendre au guichet.
Le conducteur a l’air fâché en sortant un par un de son appareil les tickets qu’il nous vend avec une majoration de cinquante pourcent.
- Vous allez où ?
- A la place Masséna.
- Ah bon. Alors il faudra changer. Vous auriez pu prendre n’importe quel bus, sauf le vingt-trois.
Le bus vingt-deux nous dépose pile devant l’hôtel Beach Saint-Exupéry, situé en plein centre et surtout, juste en face des Galerie Lafayette. Les filles descendent du bus avec un grand sourire.
A l’accueil, un jeune réceptionniste nous assure que le bruit infernal des travaux en cours ne va pas durer. Deux chambres pour les garçons, deux chambres pour les filles. La climatisation ne fonctionne pas, des carreaux sont fendus, mais la température ne dépasse pas vingt et un degrés. Les salles de bain viennent d’être refaites. Rembrandt, Paul Klee, Gustav Klimt, Vincent Van Gogh, chaque chambre est décorée sur le thème d’un peintre. Au mur de la chambre des garçons, des Miró. Ce nom évoque quelque chose pour Jérémie : « Ah ouais, c’est un rappeur français. »
Plutôt expert en football qu’en peinture, il a déjà repéré quatre endroits pour visionner les demi-finales de la Champions league sur grand écran. Il a noté les coordonnées et tous les renseignements : douze minutes en voiture, trente-quatre minutes à pied. Mardi, La Juventus affronte le Real et, mercredi, son Bayern sera au stade Nou Camp du Barça.
L’après-midi, on grimpe sur la colline dominant la promenade des Anglais. Les élèves restent dubitatifs devant la cascade qui évoque plus une maquette de train électrique que les chutes du Niagara. Au sommet, il ne reste que quelques pierres du château, rasé par l’armée de Louis XIV. Il a été remplacé par une boutique de souvenirs. Verres à vin barré des lettres NICE, dessins de la baie des Anges s’étalant sur des sets de table, flocons de neige descendant à l’intérieur d’une boule de verre décoreront les salons après la fête de mères.
Le soir, on soupe dans un restaurant indien-pizzeria, le Bollywood-Lollywood, dont j’ai, par bonheur aujourd’hui égaré l’adresse. Pizza et curry garantis hallal. Noah mange son popadum, le nôtre, celui d’à côté, puis son poulet, celui du voisin, des nams natures suivis de nams au fromage, termine les spaghettis de Marina, ratisse les bols de riz puis s’enquiert des desserts. Il est svelte et en forme, certains parlent de lui comme d’un trou vertical.
Le soir dans sa chambre, je découvre Jérémie à genoux en pleine ferveur mystique. Il déverse une litanie dans une mélodieuse supplique au Tout Puissant Roi du football : « Toujours, à jamais, jusqu’à la nuit des temps, tu resteras le meilleur dans mon cœur, à jamais, pour toujours, toi le Bayern Munich. » Ni mon entrée, ni le fou-rire de Noah qui se roulait par terre, ne perturbent une concentration rarement observable en classe.