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26 juin 2022

Chroniques persanes V : Préparatifs

 

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-    On sait pas ce qu’ils en font, classement vertical, j’imagine. C’est le seul pays qui demande ça. 

C’était la réflexion du planton de service au centre cantonal de gendarmerie de la Blécherette. Le mercredi entre 15 heures et 16 heures trente, contre un émolument, le citoyen honnête a le loisir de déposer ses empreintes digitales sur un formulaire officiel. Je ne connais pas le succès de ce service car, excepté pour se rendre en Iran, je me demande à quoi cela peut bien servir. Le reste de la semaine, le service retrouve ses « clients » habituels.

Un policer guide mes mains novices de ses mains expertes. Mon pouce droit, mes doigts, puis la main gauche, puis mes dix doigts se déposent sur la feuille satinée. 

-    Voilà ! dit-il après une dizaine de minutes, contemplant son œuvre d’un œil satisfait. Ils doivent être contents là-bas, on n’a jamais eu de réclamation. Laissez sécher pendant deux trois heures, ajoute-t-il en me tendant la feuille tamponnée du sceau de la gendarmerie vaudoise.

Je la confiai à Andrea, notre accompagnatrice de l’agence de voyage de Lausanne, qui la transmit à l’ambassade d’Iran à Berne, avec les demandes de visa précisant que l’on n’avait aucunement l’intention de commettre un attentat, ni de se livrer à un quelconque trafic, ni à aucune activité illégale sur sol iranien. Une fois l’ambassade rassurée sur ces points, la feuille d’empreintes m’est revenue et a trouvé sa place définitive au fond d’un tiroir de mon bureau.

Le test PCR s’est révélé négatif, ce qui est très positif pour envisager le départ. Une dame aura eu moins de chance : guérie du Covid une semaine avant le départ, son test a révélé des traces d’agents pathogènes. Bien qu’en pleine forme, elle a dû renoncer.

Dans sa chemise et ses pantalons blancs au pli impeccable, David voyageait en business. Cet ancien colonel et pilote de ligne a pris ses précautions pour déjouer la maladie : il a passé en montagne dans le réduit national les trois semaines précédant le départ. À quatre-vingt-deux ans, droit comme un I, il marche en croisant les mains dans le dos, presque au pas cadencé. Susanne, une infirmière glaronnaise, ne parle pas français. Les visites auront lieu en anglais et Susanne s’ajuste facilement. C’est une petite femme si discrète qu’on apprendra à la connaître plus tard. Catherine a hésité à se joindre au voyage. Elle avait prévu d’accompagner sa sœur de New York qui est tombée malade à la dernière minute. Elle s’est résolue à venir quand même. Catherine habite Longchamps, on peut plus circuler, il y a trop d’étrangers, du coup elle ira les rencontrer chez eux. Nous nous sommes adaptés à cette Parisienne aussi peu timorée qu’une Parisienne peut l’être. Elle nous offre un café et prend le sien sucré « Le sucre, c’est ce qui donne un mauvais goût au café quand on n’en met pas. »

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