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L’association vaudoise des maîtres d’éducation physique organise annuellement une compétition de golf. L’éducation physique se comprend dans un sens large puisque j’y suis admis.

Jusqu’à ce jour, les jurons et les exclamations permettaient de repérer les concurrents tout au long du parcours. Les joutes se déroulaient dans des golfs périphériques sans prétentions, pour lesquels la manne financière et la bonne humeur des participants compensaient les entorses à l’étiquette. Ce mercredi, c’est le très select Golf Club de Lausanne qui nous a ouvert ses portes.

Dès l’entrée des coupes me toisaient de haut depuis leurs vitrines à côté desquelles posaient de fiers golfeurs immortalisés en noir et blanc depuis la nuit des temps golfiques. Les canapés étalaient leurs coussins au dessus du parquet en acajou. Je clignais des yeux devant le brillant du papier glacé des revues golfiques.

Je me contentai du quotidien 24 Heures et commandai un sandwich qu’on me servit sur un élégant plateau. Les tomates et les œufs étaient frais et leurs rondelles régulières ajoutaient une note esthétique au croustillant de la baguette. Au restaurant, les membres étaient accueillis par leur nom et avaient droit avec un sourire empressé à du « Monsieur Untel, on vous a réservé votre table. » Nous, on arrivait comme des éléphants conviés chez des lévriers afghans. 

Au premier étage, une odeur de bois parfumé embaumait les vestiaires. Des casiers en teck, comme sur un yacht, avec le patronyme du détenteur étaient disposés le long des parois. J’en choisis un qui n’avait pas de nom en décidant qu’il était destiné aux visiteurs. A proximité des piles de serviettes prévues pour la douche de fin de journée, il ferait très bien l’affaire.

Le premier membre croisé m’a jaugé d’un coup d’œil et m’a décoché un « bonjour monsieur » en traversant les vestiaires. Il n’avait pas assisté au sermon de la réceptionniste s’étant éjectée de son bureau à mon arrivée pour me signifier que « les sacs de golf doivent rester à l’extérieur, monsieur. » Le dress code ne mentionnait pas l’emplacement des sacs. Je m’empressai d’obtempérer en déplorant intérieurement de laisser d’entrée une impression si désinvolte. Dans un angle des vestiaires, une sonnette est à disposition pour appeler l’employé « qui se fera un plaisir de nettoyer vos chaussures et changer les spikes. » Le seul effort qu’il reste à fournir, c’est de frapper la balle sur des fairways tondus au millimètre par des employés ravis de nous saluer en s’écartant sur notre passage. Les balles de practice sont gratuitement à disposition derrière les tapis du champ d’entraînement. Gratuitement si l’on ne tient pas compte de la finance d’entrée de 25000.- et, vaut-il la peine d’en parler, de la cotisation annuelle de 6000.-.

Même les enfants ce mercredi après-midi étaient sages, bien habillés et disaient bonjour. Des rejetons format luxe, aucun risque de les confondre avec les gamins d’une équipe de foot. Bref une magnifique journée ensoleillée sur un parcours de rêve. A intervalles réguliers, des horloges nous remémoraient notre heure de départ, 13h18, pour s’assurer que nous bouclions le parcours dans les quatre heures réglementaires.

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Les vainqueurs des années précédentes gagnaient le droit de graver la coupe, mais comme elle semble avoir disparu, nous (ma modestie en prend un coup mais les Frech père et fils ont remédié à mes lacunes) avons reçu une boîte de balles et une ceinture. Merci à l’organisatrice, Martine. Je ne sais toujours pas comment tu as réussi à forcer la porte et glisser un pied pour la garder ouverte jusqu’à ce que nous soyons à l’intérieur. Une horde de professeurs de gym. foulait un gazon qui n’avait sans doute pas connu pareil tourment depuis la dernière invasion des Visigoths.

Le soir, après nous être essuyé les pieds, nous nous sommes restaurés derrière les baies vitrées donnant sur la lune et les étoiles. Nous avons tout remis en ordre en partant, repris nos hardes, remercié le personnel, la direction et l’organisatrice.

Personne le lendemain ne remarquera l’intrusion de la veille. Le gazon des fairways aura été égalisé et l’aspirateur aura effacé toute trace sur les moquettes. Les membres pourront reprendre possession des lieux et du parcours comme ils les avaient laissés. En espérant qu’elle sera renouvelée, un grand merci au président d’avoir pris le pari de tenter cette expérience inédite.